lundi 24 juin 2024
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Entre Réaction et Révolution

L’année 2023 a été une année particulière, une année de lutte particulièrement violente et aigüe, qui a montré à tous que nous entrons dans une nouvelle époque. La lutte des classes s’est intensifiée, et avec elle, la répression. Particulièrement, depuis le 7 octobre, nous assistons à une véritable rupture, avec une accélération très rapide du phénomène de réactionnarisation.

Les monopoles médiatiques, qui n’étaient déjà pas particulièrement appréciés des masses, ont sombré dans l’Orwellien ; d’un côté, un tag « fuck antisemitism » devient antisémite (sic), de l’autre, une croix gammée ne l’est pas. La confiance en les médias, c’est à dire en l’appareil idéologique de la bourgeoisie impérialiste était au plus bas, comme l’indique cette enquête de France Info de 2021, [https://www.francetvinfo.fr/economie/medias/infographies-les-francais-se-mefient-des-medias-et-reclament-davantage-de-transparence-selon-une-etude-de-l-ifop_4665733.html], avec des personnes interrogées (55%) [qui] ont en effet cité au moins la “méfiance” pour qualifier leur ressenti vis-à-vis des médias et de l’information (deux réponses étaient possibles parmi dix sentiments proposés). Cette réponse arrive très loin devant les autres, puisque viennent ensuite la “colère” (18% de citations) et le “dégoût” (17%). Les premiers sentiments positifs cités, “l’intérêt” (16%) et la “curiosité” (15%) arrivent ensuite, avec un niveau de citations faible et relativement similaire aux deux derniers sentiments négatifs. ». Plus généralement, tout l’appareil idéologique de la bourgeoisie est à genoux, la lutte de classe fait son œuvre et sape les bases du contrôle des cerveaux. Il ne reste donc, pour caricaturer, « que la répression », et c’est le sens de la réactionnarisation.

Depuis 2008 environ, une vague réactionnaire s’est abattue sur la France. Alors que la bourgeoisie scandait partout que la lutte des classes avait disparu depuis les années 90, elle a, petit à petit, refait son apparition. Le mouvement contre la « Loi Travail » en 2016 a été particulièrement combatif. Puis, avec la grande révolte des Gilets Jaunes, la bourgeoise s’est rendu compte qu’elle était un géant aux pieds d’argile, un tigre de papier, qu’elle ne pouvait plus diriger comme avant, et que les masses ne voulaient plus être dirigées comme avant, comme l’a exprimé le Grand Lénine. Depuis 2018, la réaction est en progression constante, attaquant sans cesse les droits démocratiques. Ce phénomène s’est particulièrement accéléré cette année, avec par exemple l’expulsion de 29 « familles d’émeutiers » de leurs logements sociaux (c’est à dire en dehors de tout cadre judiciaire), après les grandes révoltes de Juin, où la répression anti-syndicale particulièrement virulente après la bataille des retraites.

La répression contre les organisations démocratiques et révolutionnaires a été également forte. Après la dissolution du CCIF en 2020, une association de défense des musulmans contre l’islamophobie, ce sont plusieurs organisations qui ont été ciblées cette année : le Bloc Lorrain, la GALE, ou encore les Soulèvements de la Terre – dont la dissolution a été rejetée par le Conseil d’État. Mais cette répression s’est accélérée depuis le 7 octobre.

En effet, dans le monde, la contradiction principale est celle entre impérialisme et nations opprimées. En ce sens, l’opération menée par les forces conjointes de la Résistance en Palestine est l’expression de la lutte des classes à son niveau le plus haut ; c’est à dire au cœur des bastions de la Révolution Prolétarienne Mondiale que constituent aujourd’hui les nations opprimées du Moyen-Orient et de l’Amérique du Sud.

La France est aussi un enjeu de la lutte de l’impérialisme US et de son laquais Israélien pour gagner les masses juives au projet sioniste ; les investissements de propagande israéliens en France sont supérieurs à ceux qu’ils font aux USA. De plus, la diaspora arabe représente un poids conséquent dans le pays le plus explosif d’Europe de l’Ouest. La France est donc un nœud majeur de la lutte des classes dont la Résistance Palestinienne est l’expression, et la lutte mondiale de soutien au peuple Palestinien est l’expression mondiale de la lutte des classes. Or, la mobilisation est restée à un niveau relativement faible comparativement à la portée historique de l’offensive de la Résistance. Pourquoi ? Parce que l’État Français s’est montré particulièrement répressif, avec des manifestations interdites, des dizaines de milliers d’amendes, de nombreuses arrestations, des raids chez des militants syndicaux, comme Jean-Paul Delescaut, Secrétaire Général de l’Union Départementale du Nord, qui a eu une position particulièrement juste. De nombreuses organisations ont été attaqués pour leur soutien à la Lutte de Libération Nationale en Palestine, comme la Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire, le Comité Palestine Vaincra, le Comité Action Palestine, le Parti des Indigènes de la République, mais aussi des groupes bien plus institutionnalisés, comme Lutte Ouvrière, le Nouveau Parti Anticapitaliste ou Révolution Permanente.

Le narratif bourgeois est également proche du délirant. Nous avons déjà cité le tag « fuck antisemitism » transformé en tag antisémite, comme des pochoirs de soutien aux Israéliens qui ont provoqué un tollé national en étant accusé d’être « antisémites ». Il y a aussi la délirante accusation de « pogrom » de la Résistance contre des « juifs ». Il est évident que pour le mouvement sioniste, réellement antisémite, les juifs ne sont que juifs, essentialisés. Ils ne peuvent pas être bourgeois ou prolétaires, colons ou colonisés. Les impérialistes ne présentent jamais les colons comme colons, mais comme personnes égales des colonisés. Ainsi, il n’y a pas de colons et de colonisés en Palestine occupée, mais des juifs et des musulmans.

En ce sens, la marche contre l’antisémitisme a été un révélateur de tout cela. Toutes les forces de la réaction se sont alliés dans un grand élan pro-Israélien, pro-génocide, entraînant derrière elle une partie de la petite bourgeoisie sincèrement progressiste mais réellement dépolitisée, qui croit (à raison) dans la juste lutte contre l’antisémitisme. En faisant marcher des néo-nazis, des forces fascistes organisés, au même niveau que le reste des politiciens bourgeois, dans une marche organisée par le Sénat lui-même, la bourgeoise a ouvert les portes aux milices fascistes.

Le fascisme n’est pas encore le risque majeur. Les temps actuels ne nécessitent pas un tel changement de cap, car les forces subjectives de la Révolution socialiste sont loin d’être un risque pour les monopolistes et autres banquiers. Mais la lutte des classes s’aiguise et la bourgeoise a perdu pied politiquement. L’État, l’appareil bureaucratique de la bourgeoise financière, est coupé des masses. Il ne peut plus diriger comme avant, il est en crise de légitimité, les corps intermédiaires sont particulièrement impuissants à faire tampon. Alors, pour terroriser les masses, il ressort les milices.

Ces milices n’avaient, pour le moment, été utilisées que dans le cas rare des luttes écologistes, contre des groupes marginalisés, ou dans des villes ou la lutte de classes était particulièrement intense, comme Nantes et Rennes. Depuis cette année, sous prétexte de meurtres antisociaux brutaux mais qui n’ont rien de nouveau, et rien de particulièrement propre à des jeunes d’origine immigrée, des milices fascistes ont tenté de jouer les paramilitaires pour faire régner l’ordre dans les quartiers.

Ce que nous avons pu observer, c’est que les quartiers sont actuellement le seul rempart contre le fascisme. C’est des quartiers populaires que doit partir la riposte antifasciste, car c’est là que se concentre la misère et la haine de classe contre le système et ses laquais. C’est là que le prolétariat est le plus concentré, le moins sujet à la pression de l’idéologie bourgeoise. Nous le savons ; les enfants de Cabble Street et des Brigades Internationales, c’est la jeunesse des quartiers populaires. La jeunesse du quartier de la Monnaie, organisée et offensive (comme la jeunesse prolétarienne l’est, qu’elle soit au quartier ou à la campagne) a mis à l’amende une milice fasciste organisée, préparée, composée de brutes cocaïnées. C’est une victoire des masses. Non pas pour la défaite militaire des fascistes, mais pour l’exemple donné. La première tentative de « ratonnade » dans un quartier populaire par une milice fasciste tourne au désastre et à l’humiliation. La défaite des miliciens fascistes est double, parce qu’ils ont aussi perdu politiquement. Comprenant que les masses pourraient s’organiser en prenant pour prétexte l’antifascisme, l’Etat a été contraint de reculer et de condamner fermement les nazis. Les masses savent apprendre de ce genre d’exemples. Et il le faudra, ce genre d’événements va immanquablement se répéter. Autour des quartiers, doit se construire le Front Démocratique le plus large, porté par les secteurs organisés de la classe ouvrière et leurs syndicats, mais aussi toutes les associations de la petite bourgeoisie ou de la « société civile » qui souhaitent lutter pour la préservation des libertés démocratiques et des conquêtes sociales. Le Front Démocratique est le complément nécessaire de la mobilisation des quartiers prolétariens pour retarder le phénomène de réactionnarisation et préserver des libertés qui nous aideront à lutter.

Devant la lutte des classes, la réaction ne va faire que s’amplifier. La grande bourgeoisie va se tourner de plus en plus ouvertement (on le voit déjà avec les monopoles médiatiques C-News, BFM-TV ou encore Canal+) vers les milices et les mouvements de masses fascistes. Si la réaction progresse, c’est parce que la Révolution progresse. La bourgeoise construit des digues qui ne suffiront pas à résister à la vague qu’elle crée elle-même. Chaque pas de la Révolution fait avancer la Réaction, chaque pas de la Réaction renforce la vague de la Révolution. Nous devons arborer l’optimisme, car le futur est radieux !

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