jeudi 22 février 2024
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Groupes fascistes et mouvement social

La révolte actuelle contre la réforme des retraites, et plus largement contre le système capitaliste et ses larbins à la tête de l’État, est le mouvement le plus conséquent depuis des décennies, nous le savons depuis plusieurs semaines maintenant. En effet, depuis plus de 30 ans, seule la mobilisation en 2010 contre la loi Woerth et le gouvernement Fillon a su rassembler autant de grévistes et de manifestants dans les rues.

Alors que ce mouvement est historique, les groupuscule d’extrême-droite sont longtemps restés très discrets. Quelques groupes se sont battus contre un projet de centre d’accueil pour migrants à Saint-Brévin, et d’autres se sont illustrés par des actions “coup de poing” ridicules, volant du matériel au syndicat étudiant UNEF de Clermont fin janvier, ou un drapeau antifasciste en marge d’une manifestation à Nice dans la même période. Dans l’ensemble, il semblait y avoir peu d’émulsion du côté des groupes fascistes.

Depuis, la situation a évolué. L’abject 49.3 du gouvernement Borne a ouvert la porte à la phase « dure » du mouvement (voir l’article sur les révoltes actuelles). La bourgeoisie capitaliste est remise violemment en question. Dans ce chaos relatif, les groupuscules fascistes trouvent leur place et leur rôle historique, celui de défendre la grande bourgeoisie réactionnaire.

Rappelons brièvement ce qu’est le fascisme en s’appuyant sur la définition officielle donnée par Georgi Dimitrov au 7e congrès de l’Internationale Communiste. Ainsi, Dimitrov expose que : « La croissance du fascisme et sa victoire attestent non seulement de la faiblesse de la classe ouvrière, désorganisée suite à la politique scissionniste de la social-démocratie, basée sur la collaboration de classe avec la bourgeoisie, mais aussi la faiblesse de la bourgeoisie elle-même, qui tremble devant la réalisation de l’unité de lutte de la classe ouvrière, qui tremble devant la révolution et n’est plus à même de maintenir sa dictature par les vieilles méthodes de démocratie bourgeoise. » […] « Il est le détachement de choc de la contre-révolution mondiale. »

Ces quelques lignes permettent de saisir l’essence du fascisme. Bien loin de n’être qu’une illustration de la xénophobie ou de la “violence“, c’est un véritable mouvement de société, qui apparaît lors que la bourgeoisie n’a comme seule issue que d’abandonner les masques de sa pseudo-démocratie pour emmener les masses vers la dictature ouverte.

Si nous appliquons cette définition à notre situation, nous retrouvons les différents éléments nommés : le prolétariat se lève massivement mais reste très largement désuni, en témoignent le décalage entre directions syndicales réformistes et leurs bases, ou encore l’influence de partis comme la France Insoumise qui utilise le mouvement actuel à son avantage.

A l’opposé, nous voyons aussi que la bourgeoisie perd en constance. L’impérialisme français est en crise profonde, et même les organisations de cadres se rangent du côté des masses. Pour paraphraser le philosophe et révolutionnaire italien Antonio Gramsci, c’est dans ce clair-obscur (le soulèvement de la classe ouvrière, mais désorganisé) que surgissent les “monstres”.

Pour revenir à la mobilisation contre la réforme des retraites, nous voyons donc se multiplier ces derniers jours des attaques violentes de groupuscules clandestins, se revendiquant ouvertement du fascisme : à Paris (75), la section d’Assas du GUD (les “Waffen-Assas”…) multiplient les tractages contre la mobilisation en cours, attaquent les étudiants mobilisés, et montent des “coalitions” pour empêcher les blocages. A Lyon (69), une vingtaine de fascistes ont tenté de débloquer la fac de Lyon 3, fac historique du GUD, et ont été repoussés par les militants présents. A Chambéry (73) la maison des syndicats a été incendiée et recouverte de tags de croix celtiques, symbole fasciste. A Lorient (56), des militants ont agressé 4 syndicalistes, et sont allés jusqu’à les menacer avec une arme à feu. Le monopole bourgeois Libération recense une quinzaine d’attaques, majoritairement à l’encontre d’étudiants, depuis la mi-mars.

Cette multiplication d’attaques illustre un constat clair : nous entrons dans une nouvelle période de Révolutions. Partout dans le monde, les masses se lèvent contre le vieux monde, et se battent pour renverser l’ordre établi. Dans ce sens, nous allons connaître une accélération des contradictions dans le monde et en France. Il nous faut donc redoubler d’efforts pour être à la hauteur de notre période, et construire un antifascisme de masse, avec comme cœur le prolétariat. Nous devons lutter pour reconstruire nos armes, c’est à dire nos organisations, qui seules nous permettront de combattre victorieusement la grande bourgeoisie et sa tentation fasciste.

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