jeudi 29 février 2024
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Le Comité de Lutte, un outil de combat au service du peuple

A Lyon et dans sa métropole, le Comité de Lutte de Lyon se développe depuis le 19 janvier 2023, à l’initiative de différents acteurs. Suite à la première grande journée de manifestation nationale, un appel lancé par le groupe « Inflaction » circule sur les réseaux, pour se réunir dès le soir même et organiser la suite de la mobilisation. Plusieurs appels en ce sens circulaient déjà par des groupes révolutionnaires, des gilets jaunes, autonomes, et c’est ainsi qu’une centaine de personnes se réunit à la Guillotière à la suite de la manifestation.

Ce Comité de Lutte est « un espace d’organisation ou peuvent se retrouver syndiqué.es, étudiant.es, précaires, chômeurs et chômeuses, personnes non organisé.es. Il est à la fois un point d’appui aux luttes en cours et une force d’initiative qui vise aussi bien à organiser la solidarité matérielle à la base, qu’à intensifier l’offensivité du mouvement contre l’ensemble des conditions qui précarisent nos vies ». Ce Comité vise donc à lutter contre la réforme des retraites mais également contre son monde, soit le capitalisme. Ce Comité organise des assemblées générale interprofessionnelle, qui visent à multiplier les actions de lutte pour le retrait de la réforme des retraites et l’organisation à la base de la solidarité de classe : contre la répression, pour le soutien financier et juridique, pour le soutien moral des camarades en grève. Il se mobilise en complément et non en concurrence de l’agenda syndicale.

Les activistes de la Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire, tout comme nous, s’y activent. En effet, les activistes anti-opportunistes soutiennent la ligne d’unité à la base, de décision démocratique, seule voie pour lutter contre les réformes injustes. Nous avons ainsi pu suivre au plus proche le développement de ce comité

Pour les activistes révolutionnaires, l’Assemblée Générale du Comité de Lutte est un formidable outil pour l’unité à la base. Dès le 26 janvier, l’A.G. invitait syndiqués et non syndiqués à se réunir pour augmenter l’intensité de la lutte des classes. Des ouvriers et ouvrières, dont des cheminots, gaziers, postiers, intérimaires de la logistique, prolétaires de la grande distribution mais aussi des travailleurs et travailleuses de la culture, employés, enseignants se retrouvent et décident collectivement des actions à mener. Les premiers jalons sont posés : augmenter l’intensité de la lutte fin janvier, pour enraciner celle-ci alors que les journées d’action de l’intersyndicale sont encore largement espacées. L’A.G. permet de compléter la stratégie de l’Intersyndicale. Celle-ci cherchait à permettre aux masses de vérifier l’hégémonie de l’opinion contre la réforme, de se compter, de prendre confiance en elles. L’A.G. du C.L. permet de construire le front combatif entre ces journées et de maintenir une tension contre le gouvernement.

Bien sûr, appeler à l’unité en parole est une simple formule rhétorique. Tous les opportunistes, de « gauche », comme de droite, refusent dans les faits l’unité, au nom de « divergences politiques ». Cela ne les empêche pas d’appeler à l’unité – autour d’eux, et de leurs stratégies, bien entendu. C’est donc dans l’action qu’il faut gagner les masses. Dès les premiers jours, barrages filtrants, opérations péages gratuits, blocages, soutien aux caisses de grèves permettent d’agréger plus d’une centaine de personnes régulièrement actives, issus de nombreux courants politiques, simples militants syndicaux ou étudiants et étudiantes. Le Comité de Lutte met ainsi rapidement en pratique ses mots d’ordre combatifs, le MEDEF et une permanence de député sont recouverts d’affiches et le conseil municipal du 4eme arrondissement de Lyon est envahi pour protester contre la réforme. Le ton est donné, le Comité de Lutte apparaît de plus en plus comme une force combative avec laquelle il faut compter. Dans le même temps il se dote d’une commission action/suivi qui sert de fait à mettre en œuvre les décisions prisent démocratiquement lors des AG, qui sont bien entendus ouvertes à tous et toutes. Ainsi de par ce travail, la démocratie est réellement appliquée et mise en œuvre.

Dans l’action, certains militants des organisations opportunistes ou réformistes se mettent à soutenir de fait l’unité. L’A.G. du C.L. grandit avec la lutte contre la réforme et en représente une des pointes avancées derrière les syndicats. Elle permet de réunir des non-syndiqués, méfiants de la direction prise par les grandes centrales. Mais aussi des syndiqués combatifs, heureux de pouvoir se coordonner au-delà de leur branche de métier, ou encore des syndiqués isolés, espérant un soutien moral, organisationnel et financier pour tenir jusqu’au bout. Un bel exemple d’unité est une opération de tractage portée par l’Intersyndicale. Le C.L. se porte en soutien montrant ainsi que l’unité à la base de la classe est primordiale. Conscient de leur force, les militants syndicaux eu-même décident de bloquer le périphérique. Enthousiasmés, les militants du C.L. prennent des barrières, des poubelles, et érigent deux barrages filtrants à deux points de la ville, pendant que la majorité du C.L. envahi la rocade avec la C.G.T. près de Perrache. C’est le début du mois de mars et la force de l’unité s’impose à beaucoup de syndiqués combatifs comme une évidence : syndiqués cheminots, gaziers, de la chimie ou syndiqués étudiants seront désormais plus nombreux aux A.G. du C.L.

D’autres A.G. se tiennent, sur des bases relativement similaires : celle de l’éducation de Vaulx-Villeurbanne, née lors de la lutte en 2019, celle d’ A.G Culture et celles interprofessionnelles de quartier à l’initiative des cheminots de Perrache et Part-Dieu, réactivées lors des grandes luttes sociales.. Ces AG connaissent un succès encourageant en comparaison des AG sur les lieux de travail, pour une raison simple : elles n’ont pas de direction. C’est d’ailleurs une des raisons principales de l’échec des A.G. sur les lieux de travail. La classe ouvrière à bien conscience de ne rien pouvoir décider en A.G., et que c’est l’Intersyndicale qui décide. Sans direction, sans comité d’action ou de suivi, exécutant les décisions de l’A.G., rien n’est possible. Les masses le savent, et sans lutte politique pour des directions lors des luttes, les masses ne reviendront pas dans les A.G. Un des rôles des révolutionnaires est de prouver l’importance des directions, et de montrer le chemin pour les construire : dans les luttes, les éléments les plus investis, honnêtes et dévoués, luttant pour l’unité, doivent former des directions : que ce soit dans les A.G., dans les syndicats, dans les comités populaires, dans les associations de locataires, etc. De fait, les masses exigent une direction, une direction démocratique et révocable mais une direction, car sans ça, pas d’organisation donc pas de victoire ni d’émancipation. L’organisation est une des bases de notre société et des sociétés, la question est de savoir, quel forme prend la direction et au service de qui. Mais de fait il n’existe aujourd’hui aucun mouvement ou organisation sans direction, qu’elles soient cachées ou niées. Le C.L a su répondre démocratiquement à cette exigence de lutte et de changement, c’est une des clés de sa réussite.

Bien sûr, entre autres, les activistes révolutionnaires ont dû mener la lutte de lignes pour la direction, car rien n’arrive sans efforts. En effet, comme nous l’expliquions dans un article paru dans le numéro 8 de Nouvelle Époque, l’unité implique la lutte politique, car une unité se fait sur des principes. De fait, une direction s’est construite, avec une liberté tactique approuvée par l’A.G. La direction peut donc décider d’actions sans le vote de l’A.G., à partir du moment où le principe de l’action a été validé par cette A.G.. Toutefois, elle est responsable devant l’A.G., à qui elle rend des comptes, et peut être révoqué. La conscience politique des membres de cette commission est un aspect essentiel ; se détacher de la masse de l’A.G. la rendrait inopérante, empêcherait le développement de l’action et compromettrai les chances de victoire. De plus, la majorité des membres de la « direction » sont des membres actifs, combatifs et dévoués : ils et elles ne sont pas arrivés là par des manœuvres politiciennes, mais grâce à la confiance de la majorité, grâce à leur investissement permettant de réaliser les tâches votées par l’A.G., grâce à leur niveau de conscience politique. Bien sûr, au sein de la direction, la lutte politique continue : mais elle est ouverte, et vise l’unité. La lutte de ligne est quelque chose de fondamentale pour toute organisation, elle est la preuve que l’organisation existe et vit. Sans lutte de ligne, pas de vie, c’est donc quelque chose à célébrer et non à craindre et rejeter.

Reprenons depuis le début. Nous l’avons vu, l’unité se construit à la base, basé sur la conscience de classe. Non pas suite à des discussions de cabinet, mais dans l’action, sur le terrain, et dans les A.G. ouvertes et unitaires. Ainsi, au plus fort de la lutte, l’A.G. à rassemblé plus de 300 personnes à la Bourse du Travail en même temps et un réseau de plusieurs centaines de personnes se mobilisant de manière irrégulière. L’A.G. a pu être à l’initiative d’une opération « ville morte » et en prépare une seconde – en coopération avec d’autres autres A.G. et des syndicats de branches. Pour les activistes, c’est une preuve que la ligne syndicaliste classiste et anti-opportuniste est juste. L’élévation du niveau de la lutte des classes à un prix : la lutte constante, consciente et patiente pour l’unité, cadre de la lutte pour l’élévation de la conscience politique au travers de la pratique et de la lutte des deux lignes.

Pour terminer nous vous diffusons plus bas le texte de présentation du Comité de Lutte de Lyon, que nous continuerons à suivre dans la lutte, des A.G. aux barricades !

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