jeudi 22 février 2024
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Les contradictions explosent au sein du mouvement des agriculteurs en lutte

Ce jeudi 01 février 2024, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, relai de la FNSEA chez les agriculteurs les plus jeunes et les plus récemment installés ont appelé à la levée des blocages paysans qui commençaient à paralyser les grandes métropoles. Officiellement, selon le ministère de l’intérieur, plus de 4500 tracteurs sont mobilisés. En réalité, c’est sûrement plus. La circulation et le transport des marchandises sont sérieusement perturbés, en particulier à Paris et Lyon. Les paysans, organisés, ont montré leur force, et les contradictions de classe qui traversent le mouvement. Il faut revenir sur ce point, essentiel. La paysannerie n’est pas une classe sociale, c’est une couche de la société traversée par différentes classes. Dans le mouvement porté principalement par la FNSEA, et dont le fer de lance est la Coordination Rurale, qui porte les actions les plus combatives, toutes les classes sont représentées. La grande bourgeoisie capitaliste, qui tient les rênes de la FNSEA. La petite bourgeoisie, qui représente la masse des agriculteurs, est présente dans les différents syndicats, et se divise entre une petite bourgeoisie aisée et une petite bourgeoisie en difficulté, écrasée sous les dettes. C’est elle qui porte réellement le mouvement. Enfin, le prolétariat est présent à travers les ouvriers agricoles, nombreux dans le mouvement, qui portent la revendication de la hausse des revenus et des salaires.

Nous écrivions récemment :

“La Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) est leur principal relai. Mais cette fédération est aussi l’organisation de masse des paysans, même des plus pauvres. Par conséquent, tout passe principalement par la FNSEA aujourd’hui, et les contradictions de classe éclatent au grand jour dans le mouvement. Les revendications sont donc sujets à interprétation en fonction de la position de classe : que veut dire un « meilleur partage de la valeur » ? Quoi qu’il en soit, les paysans ont raison de se révolter contre les réformes qui leur font peser les crises sur le dos. On prétend les agriculteurs qui survivent responsables de la crise écologique, par exemple. […] Les masses paysannes sont incontrôlables ; des bâtiments publics ont été attaqués, des banques, considérés comme des ennemis à cause de l’endettement massif. De nombreuses autoroutes ont été bloqués, comme des péages, des rocades.”

Ce sont donc les masses paysannes pauperisées, organisées par la FNSEA qui sont entrées en révolte, et qui assiègent une des trois “villes monde” de la planète, provoquant un risque grave de pénuries dans Paris. On a vu, toute la semaine, les contradictions éclater. Alors que Darmanin disait “on n’envoie pas les CRS contre des gens qui souffrent”, aujourd’hui, le même ministre appelle des renforts blindés pour repousser les différents convois. Les policiers commencent à tenter de débloquer les piquets. Pire, des grands dirigeants syndicaux se sont désolidarisés des actions les plus combatives des masses, comme la prise pour cible des préfectures, des centres des impôts, c’est à dire des représentants de l’Etat les plus proche (et donc qui provoquent la juste révolte) des paysans. Des commissariats ont même été visés par du fumier ! Une partie significative des agriculteurs accepte et accueille à bras ouverts le soutien du reste de la société, principalement de la classe. Les réactionnaires de la FNSEA et de la Coordination Rurale refusent cette aide, refusent la politique, refusent le contrôle des masses sur leur mouvement. Les syndiqués ne peuvent tomber que dans l’aigreur et la déception, car leur relai politique, le RN, n’est qu’opportuniste et refuse toute forme de lutte.

La lutte des classes au sein du monde agricole se dévoile de plus en plus. Principalement, ce sont les couches paupérisées par l’endettement qui sont le plus engagées dans la révolte ; ceux qui ont investi le plus en capitaux, sans pouvoir rembourser leur dette et qui survivent avec des revenus misérables. Ce sont les paysans les plus étranglés par les monopoles, ceux soumis aux méthodes de l’agriculture industrielle, qui sont au devant de la révolte ; donc des paysans massivement engagés dans la FNSEA, qui contrôle tout, depuis les méthodes et les discours au sein des lycées agricoles jusqu’à l’attribution des crédits aux jeunes agriculteurs, sans parler de la possibilité de renforcer les “contrôles” sur les agriculteurs réfractaires.

Aujourd’hui, les principes des révolutionnaires se sont révélés juste, une fois de plus. D’abord, “on a raison de se révolter”, c’est-à-dire : les contradictions n’explosent que dans la révolte. “Partout, toujours, [les masses] apprennent par elles-mêmes, et les révolutionnaires doivent apporter des réponses. La réponse ne sera jamais l’apathie, la résignation, mais la révolte, la juste violence contre les institutions oppressives.” (Dernier article de NE) Ensuite : aucun mouvement n’est pur mais dans le pays, et dans le monde, la lutte des classes s’aiguise et les contradictions explosent. Enfin, les masses attendent une direction. Cela s’est prouvé. Aujourd’hui, il n’existe que trois syndicats agricoles ; la FNSEA à la direction traître qui ne lutte que pour ses propres intérêts, la Coordination Rurale (CR) dont la direction est à la botte du Rassemblement National, et enfin la Coordination Paysanne, progressiste mais très peu implantée dans le monde paysan “classique”. Les masses ont besoin d’une direction à la hauteur, forgée dans la lutte, pour pouvoir lutter à la hauteur de leur haine de classe !

La question centrale est la question de la direction : qui dirige le mouvement ? C’est la grande bourgeoisie, alliée à la petite bourgeoisie la plus réactionnaire. C’est pour cela que lorsque la FNSEA trahit, le mouvement risque de s’effondrer ; car c’est la direction qui se retire. Le problème est que le mouvement est fondé sur les intérêts de petites entreprises ; il ne peut pas s’unir “par lui-même”. Le coeur est donc la forge d’une direction, d’une direction anti-opportuniste et combative, c’est à dire, par essence, prolétarienne.

Les traîtres ont battu le rappel. Ils ont appelé à lever les blocages. La Confédération Paysanne, la Coordination Rurale et les masses organisées en dehors des syndicats continuent la lutte. C’est un tournant et la prochaine semaine va être décisive. Le mouvement peut s’enflammer et embraser le pays, comme il peut s’éteindre. Mais les traîtres n’auront pas gagné, quoi qu’il arrive ; ils n’auront que dévoilé leur réel caractère de classe, pendant que la lutte de classes continue à s’aiguiser et que les explosions populaires seront plus nombreuses et plus violentes. Nous devons apprendre de cette juste révolte, voir que le vernis de discours ne résiste jamais, comme avec les Gilets Jaunes, à la réalité de la lutte des classes.

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