vendredi 19 avril 2024
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Les éboueurs en grève : une lutte pour leur dignité

Mercredi 29 avril, le cirque électrique dans le 20ème arrondissement de Paris a accueilli une soirée de solidarité avec les éboueurs en grève. L’objectif ? Mobiliser les soutiens et mettre en lien grève des éboueurs et lutte écologiste. Il était aussi question d’alimenter les caisses de grève, le tout dans un cadre festif.

L’introduction est faite par une représentante du réseau des éco-syndicalistes, mouvement initié à la suite d’une tribune dans médiapart en 2021. Trois camarades salariés des déchets ont pris la parole pour s’exprimer sur le mouvement en cours.

Eric*, ancien éboueur maintenant reconverti comme gardien de gymnase, veut “Renverser les poubelles pour renverser le système !” Il nous explique l’importance d’une mise à l’arrêt des TIRU (traitement industriel des résidus urbains) « quand les odeurs montent ils sont génés« . En Ile de France, c’est 4000 travailleurs dont 1500 sur les engins de collecte qui organisent la collecte et le traitement des déchets tous les jours.

Mais le secteur rencontre des difficultés à la mobilisation. La montée du privé dans le secteur y est pour beaucoup. A Paris c’est 10 arrondissements qui sont aujourd’hui géré par des entreprises privées contre 10 par la région.

Jean* prend la suite et nous raconte son calvaire. “J’ai 31 ans, j’ai déjà des soucis de dos et d’épaules. 31 ans ! On fait un métier pénible.” L’occasion de rappeler que l’âge moyen d’espérance de vie est réduit chez les éboueurs.

Nous sommes les nouveaux travailleurs pauvres. Quand on demande des augmentations légitimes de salaire, il nous envoie les renseignements territoriaux. C’est eux les violent !”

Paul*, dernier éboueur intervenant, prend la suite. “Les déchets sont partout. Notre travail est utile et transversal à tous les secteurs privés comme industriels. Là où il ya de la vie, là où il y de la production, il y a du déchet. Alors quand on fait grève, notre lutte est visible.” Sa remarque est particulièrement juste quand la lutte s’étend jusque dans les rues bourgeoises de la capitale. “Sur Paris c’est là où les politiques s’agitent. Les combats des camarades de banlieue, malheureusement ça a moins d’impact.

Cette lutte doit être généralisée à toute la France, dans le privée comme le public ! Parce que si nous on travaille pas ils nous remplacent par des personnels d’autres entreprises ou des intérimaires. Pour que ça tienne, c’est tout le collectif en grève ou rien.” Il prend l’exemple de camarades nantais qui pour se défendre face à ces pratiques déloyales, ont décidé de bloquer eux même et ne pas laisser partir leur outil de production. Actions qui leur a valu une convocation en déféré. “Pizzorno (groupe privé de collecte des déchets ménagers) a eu la chance que les soutiens bloquent pour eux et leur évitent le tribunal.”

On fait grève pour notre dignité pas que pour la réforme !

Les trois sont unanime que l’articulation avec les soutiens est primordiale. Les directions refusent de se mettre autour de la table des négociations et mènent une stratégie de pourrissement du mouvement pensant que les éboueurs mobilisés vont rapidement lâcher. “Les incinérateurs sont réquisitionnés et ils tentent de mettre en opposition travailleurs réquisitionnés, parfois de l’autre bout de la france, et les soutiens qui bloquent et occupent nos lieux de travail en notre nom.” Ils remercient l’ensemble des personnes mobilisés, même avec la montée de la répression, depuis plusieurs semaines sur les blocages en soutien aux éboueurs en grève qui risquent la réquisition.

Le conflit social se construit sur la base de la grève ! Depuis des années, ne se passe pas un jour où il n’y a pas un éboueur en grève mais on en parle pas parce que ça se retrouve à pas à pourrir sous l’arc de triomphe.” Ce que nous fait relever Paul* c’est que les éboueurs n’ont pas attendu le récent mouvement pour se battre. “On est un secteur contestataire, ils le savent c’est pour ça qu’ils privatisent. Ils nous empêchent de nous accorder sur des cahiers revendicatifs avec des différences à l’embauche, chaque entreprise ayant ses propres indices, coefficient, valeur de point et tout le bordel.”

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