lundi 20 mai 2024
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[Lyon] Interview de Sym, habitant de Vénissieux et militant pour la Palestine

Les correspondants locaux de Nouvelle Epoque ont suivi de près la lutte en soutien à la Résistance Palestinienne et contre le soutien de l’impérialisme français au génocide en cours à Gaza.
Ils ont aussi interviewé plusieurs personnes dont Sym, habitant de Vénissieux, mobilisé depuis le début de l’opération Déluge d’Al-Aqsa.
Nous vous proposons de lire son interview :

NE : Est-ce que tu peux me parler de ton analyse de la situation en Palestine depuis la création d’Israël ?
Sym : La Palestine subit une situation des plus injustes depuis l’émergence du mouvement sioniste qui a toujours eu pour but déclaré de voler une terre à un peuple établi depuis des siècles. La création de l’État d’Israël qui en découle intervient en 1948, à la période où un élan de décolonisation s’empare du reste du monde.
Depuis cette date, l’ensemble des crimes condamnés par l’ONU ont été observés en terre de Palestine.

NE : Quels ont été les événements qui t’ont marqué ? Pourquoi ?
Sym : Étant de la génération Y, je découvre l’histoire moderne de la Palestine sous l’ère de Yasser Arafat, post-accord d’Oslo qui ont marqués une des plus grandes désillusions d’un mouvement majeur pour la paix.
Mais c’est au début du 21è siècle que j’ai été le plus marqué par le lancement des intifadas. J’ai été très marqué par cette jeunesse Palestinienne qui affrontaient une armée conventionnelle avec des pierres et un esprit de résistance sans faille, c’est alors que j’ai compris que la Palestine dans son entièreté ne sera jamais vaincue.

NE : Te rappelles-tu ta réaction lors du blocus de Gaza en 2007 ? Lorsque tu as appris qu’il y avait un blocus à Gaza depuis 2007 ?
Sym : Lorsque le blocus a démarré, j’ai pensé qu’il durerait quelques semaines voire quelques mois, mais que jamais la communauté internationale ne pourrait fermer les yeux sur une situation aussi tragique touchant plus d’un million de civils. Nous sommes actuellement en 2023, et donc la situation perdure depuis près de 16 ans sous les yeux du monde entier. Ça interroge fortement sur le rôle de la communauté internationale qui a su se mobiliser depuis tout ce temps sur d’autres fronts qui ne sont pas aussi tragiques. Les jeunes d’aujourd’hui qui composent la majorité de la population de Gaza est née et a toujours vécu sous blocus, c’est effrayant que ce «monde « moderne » tolère que des civils ne connaissent qu’une absence totale de toutes les libertés les plus élémentaires.

NE : Quelle a été ta réaction en apprenant le lancement de l’opération « Déluge d’Al Aqsa » le 7 octobre dernier ?
Sym : La situation depuis plusieurs années était devenue une poudrière entourée de feu, et je m’attendais à une explosion du conflit. Mais comme beaucoup je n’avais pas envisagé une opération d’une telle envergure menée par un peuple sous blocus depuis presque deux décennies face à l’une des armées les plus modernes de notre époque, et qui se vantait de détenir les services de renseignements les plus opérationnels.
Je suis un partisan de la justice et de la liberté, et sachant que des drames allaient en découler, j’ai tout de même ressenti à l’instant T une grande joie de voir une si belle page de l’humanisme s’inscrire.

NE : Comment est-ce que tu perçois la position prise par les pays occidentaux ?
Sym : Je suis tristement habitué à une politique occidentale à géométrie variable, et je ne suis pas surpris qu’il y ait une absence de soutien à la Résistance Palestinienne qui se bat contre une forme de colonisation des plus cruelles alors que dans le même temps, un soutien sans faille est accordé aux combattants ukrainiens face à l’incursion Russe.
Mais suite à des massacres des plus horribles de femmes et d’enfants par Israël en réponse à cette opération, je suis meurtri de l’absence de condamnations et de sanctions. J’ai d’autant plus honte, étant français, de savoir que le gouvernement de mon pays apporte un des plus grands soutien à un génocide des temps modernes, qui nous renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire de notre pays dit des droits de l’homme.

NE : Comment est-ce que tu perçois la position prise par les pays arabes, historiquement alliés de la Palestine ?
Sym : C’est une grande tristesse de voir ce fier peuple palestinien abandonné et trahi par les États arabes l’entourant malgré une histoire commune historique. Fort heureusement c’est une trahison qui est décriée par les peuples de ces nations. La corruption étatique, ainsi que les ingérences occidentales répétées dans ces pays y jouent pour beaucoup malheureusement.

NE : Comment perçois-tu l’implication des EU dans la guerre actuelle ?
Sym : Alors que le projet israélien trouve ses origines en Angleterre à travers le traité de Balfour, il est clair aujourd’hui que l’état d’Israël joue le rôle de base américaine au Moyen-Orient pour faire perdurer leur hégémonie dans la région. Israël survit depuis tout ce temps sous perfusion américaine, et il ne fait aucun doute qu’il n’aurait pu se tenir en place tous ce temps sans un soutien sans faille de la puissance militaire américaine. Les massacres de civils que nous voyons actuellement se font avec l’utilisation d’armes américaines principalement grâce à une logistique morbide assurée à flux tendu.

NE : Pour toi, quelle est l’issue de ce conflit ?
Sym : Il est très difficile de s’essayer à une spéculation sur l’issue de ce conflit, tant les enjeux ainsi que les différents acteurs qui peuvent rentrer en jeu sont nombreux. Il est clair, dans la continuité du conflit Russo-Ukrainien, que cette guerre aura des répercussions mondiales géopolitiques et qu’elle incarne un tournant politique dont on mesure pas encore les répercussions. Les peuples du monde assistent à une barbarie qui n’a plus été vue depuis la seconde guerre mondiale, et ils manifestent leur opposition à travers toutes les régions du monde, et ce mouvement populaire aura certainement plus de conséquences que le conflit en lui même.

NE : Connais-tu les groupes de résistance palestinienne ? Peux-tu me les présenter  rapidement?
Sym : L’acteur principal de ce conflit coté palestinien est le Hamas, une organisation politique et militaire qui a été élue dans la bande de Gaza et qui l’administre depuis. Ce mouvement est née d’une volonté populaire de passer à une résistance armée après les grandes échecs des tentatives diplomatiques porté par l’OPLP. Le peuple palestinien a tenté tout ce qu’il pouvait comme solution pacifique pour mettre fin à la terrible injustice qu’ils subissent et le résultat n’a été qu’une détérioration continue de leur situation. Les Palestiniens sont majoritairement convaincus aujourd’hui que seule une lutte armée peut leur donner l’espoir de retrouver un jour leurs droits les plus essentiels, Le Hamas incarne cette lutte, accompagné par d’autres factions comme le Jihad Islamique ou d’autres, qui tous ensemble se sont unis dans cet effort martial.

NE : Que penses tu des groupes politiques de « gauche » qui critiquent la Résistance armée ?
Sym : La résistance armée face à des crimes contre l’humanité a toujours été décrié et accusé des pires crimes durant son combat jusqu’à sa victoire. Ca été le cas pour la résistance algérienne du FLN face à la domination coloniale française, tout comme l’a vécu la Résistance française menée par le Général De Gaule face aux atrocités du régime Nazi. Je suis convaincu qu’à son tour, la Résistance Palestinienne sera encensé pour son combat héroïque et légitime lorsqu’il aura mené sa lutte jusqu’au bout.

NE : Peux-tu te présenter ?
Sym : Je suis d’origine franco-algérienne, salarié du secteur privé, j’ai 33 ans, je suis militant révolutionnaire et pour la résistance et le soutien de tous peuples opprimés face aux injustices.

NE : Comment as-tu commencé à t’intéresser à cette cause ?
Sym : Je suis franco-algérien, donc issu de deux peuples qui ont su illuminer les pages de l’Histoire par leur mouvement de résistance et de révolution à leurs plus belles heures. Je me suis très jeune imprégné de ces riches histoires, et la Palestine incarne aujourd’hui parfaitement toutes ces valeurs nécessaires à la condition humaine. Dans la cause Palestinienne j’y ai trouvé une dynamique nécessaire à notre époque qui dépasse largement les frontières de ce territoire.

NE : Depuis quand ?
Sym : J’ai le sentiment d’avoir toujours été baigné dans la cause palestinienne, mais je peux situer un tournant en 2005 à la suite des émeutes de banlieues en France qui a réveillé en moi une volonté de militantisme politique pour sortir d’un vie passive face aux nombreuses injustices que l’on peut voir aux quatre coins du globes.

NE : Est-ce qu’on en parlait dans ta famille ?
Sym : Je suis avec fierté issu d’une famille algérienne qui a pleinement participé à la guerre de décolonisation de l’Algérie, et pour qui le combat Palestinien se trouve dans la continuité de ces luttes nécessaires et légitimes face à une colonisation active. Alors oui le sujet a toujours été présent.

NE : Dans le pays dont tu es originaire est ce que les mobilisations pour la Palestine sont importantes ? Quel lien entretient-il avec la Palestine ?
Sym : Je suis originaire d’Algérie, et c’est un des pays qui a une des positions les plus nobles dans le monde arabe au niveau étatique même si l’on espère toujours plus vis à vis de la population. Mais je ne suis pas le plus grand des nationalistes dans le sens où je me sens frère de tous les peuples arabes, et je partage les déceptions et les engagements de tous ces peuples. Quand à mon engagement actif, il est français, et alors que je subis la politique d’un gouvernement injuste, je suis très heureux des milieux militants engagés que j’ai trouvé parmi mes concitoyens.

NE : Est-ce que tu connaissais déjà des personnes engagées dans cette cause ? Quels engagements avaient-ils/elles ?
Sym : Comme je l’ai déjà expliqué, l’engagement pour des causes justes et nobles je l’ai trouvé en premier lieu dans mon cercle familiale, Une fois que j’ai moi-même décidé de m’y investir, j’ai trouvé des synergies fortes et déjà en place, et je m’y suis naturellement rattaché.

NE : En quoi consiste ton engagement pour la Palestine aujourd’hui ?
Sym : J’apporte ma modeste contribution à des groupes de militants actifs dans mon environnement local. La question de la communication sur la cause ainsi que des campagnes de sensibilisation et de boycott représentent une grande partie de mon militantisme.

NE : Es-tu impliqué dans une organisation ou une association ?
Sym : Oui.

NE : Selon toi quelle est la meilleure manière de soutenir la résistance en Palestine ?
Sym : L’engagement là où l’on se trouve, dans son environnement le plus proche (familial, local, professionnel) en maintenant une pensée proactive de leur combat, en participant du mieux que l’on peut à la transmission de l’information et la déconstruction de l’argumentaire mensonger que l’on trouve dans la propagande des politiques et des grands médias. Et étant croyant en premier lieu en demandant l’assistance du Divin pour une cause juste.

NE : Que penses-tu de la résistance armée ?
Sym : Je pense qu’elle doit avoir lieu en dernier recours car les populations civiles en paient toujours un lourd tribu, mais qu’elle est nécessaire et légitime si les voies pacifiques n’aboutissent pas car aucun être humain peu importe son origine ou sa croyance ne doit subir la soumission d’autres êtres humains injustes et tyranniques. Et je pense que la Résistance Palestinienne a plus que dépassé ses limites.

NE : Que penses-tu du soutien que continue d’exprimer la population civile aux combattants de la Résistance ?
Sym : Je pense que les peuples ont toujours été les seuls acteurs possibles d’un changement positif et humaniste. L’histoire a démontré que toutes les révolutions qui nous ont élevées proviennent d’un engagement populaire. Et je crois aussi que nous vivons une formidable époque où les populations « s’éveillent » de plus en plus dans un monde qui ne tourne plus rond. Mon engagement est une volonté affirmé de participer à cette dynamique même si je suis conscient qu’il y a encore du chemin à faire, chaque victoire est une réussite de plus qui nous conduit j’en suis convaincu à un grand changement positif.

NE : Mariam Abu Daqqa, une cadre du FPLP, disait qu’il n’y a pas que les combattants qui font partie de la Résistance, bien que ceux qui portent les armes en sont la première ligne mais aussi tout le soutien logistique apporté autour (l’approvisionnement, les caches, le soutien matériel, etc). Que penses-tu de cette affirmation ?
Sym : Mariam est selon moi un exemple de la Résistance qu’il faut mener et elle en paye lourd tribu dans son combat. Je lui témoigne mon plus grand respect, mais également toutes mes condoléances alors qu’elle a eu une grande partie de sa famille décimée par la barbarie israélienne au début de cette bataille en cours, Bien entendu que les combattants qui sont sur le champ de guerre n’ont aucun égal dans le chemin de la résistance, mais je suis convaincu que bien d’autres forces sont nécessaires dans ce combat et je rends notamment hommage entre autres aux personnels médicals qui sont confrontés chaque jour aux horreurs de cette guerre, ainsi qu’aux journalistes qui mènent un combat essentiels dans cette lutte et qui sont pris pour cibles par l’armée ennemie comme n’importe quel combattant. Et je passe bien d’autres acteurs de l’ombre, qui seront mis en lumière quand le temps le permettra.

NE : Que penses-tu de la position officielle de l’État français, qui considère que tout combattant est un terroriste, et que leurs soutiens font l’apologie du terrorisme ?
Sym : Je pense qu’il y a une soumission de l’État français à l’impérialisme américain qui nuit fortement au peuple français en premier lieu, et qui détruit le rayonnement international de notre pays en le poussant à soutenir les pires oppressions que l’on connaît sur cette planète. C’est au peuple que revient le devoir de se soulever contre cet état de fait, et j’enjoins tous mes concitoyens (et moi le premier) à rentrer dans un militantisme actif contre cet état de fait. Cela sera profitable à notre avenir et celui que l’on transmettra à nos enfants, et également à la question palestinienne et bien d’autres injustices en cours.

NE : Certains penseurs politiques systématisent la lutte armée, expliquant que «la violence est l’accoucheuse de l’histoire», et que les grandes révolutions pour le peuple ne se feront que dans la violence. Es-tu d’accord avec cette affirmation ?
Sym : Je pense que tout opprimé, se doit si nécessaire de porter la violence au niveau de celle subie par l’oppresseur. Et je pense qu’actuellement une grande partie des peuples du monde subissent une oppression d’une grande violence.

NE : Quel est la position de « ton pays d’origine » par rapport à la situation actuelle ?
Sym : Mon pays d’origine est l’Algérie, et officiellement son gouvernement soutient la cause palestinienne et l’a toujours fait depuis son indépendance. J’aimerais tout de même y voir un soutien sur le plan militaire par la fourniture d’armes par exemple, qui n’a pas lieu à ce stade (officiellement).

NE : Quelles sont les relations diplomatiques entre l’Algérie et la Palestine ?
Sym : L’Algérie et la Palestine ont une entente fraternelle et solide au niveau diplomatique et l’Algérie a participé à des moments cruciaux de l’histoire Palestinienne, à commencer par la déclaration d’indépendance palestinienne qui a eu lieu en 1988 à Alger.

NE : Comment les habitants ont réagi ?
Sym : Le peuple algérien a connu sa longue guerre contre la colonisation à un prix élevé, le peuple algérien connait très bien la situation palestinienne et un lien d’unité a toujours été présent entre ces deux peuples, exprimés à chaque occasion qui se présente. Mais comme je l’ai déjà dit, le peuple algérien n’a pas l’exclusivité du soutien à la cause palestinienne, et je vois que tous les peuples des différents pays arabes sont dans leurs écrasantes majorités conquis à la cause palestinienne.

NE : Il est souvent dit que la Palestine est avant tout une lutte du monde arabe contre l’impérialisme ? Qu’en penses tu ?
Sym : Le monde observe l’oppression cruelle qui se trouve en Palestine et qui touche tout ceux qui s’opposent au sionisme. J’ai vu des arabes la subir, mais aussi des hommes blancs ou africains, des musulmans, des chrétiens ou des juifs. Le sionisme est une idéologie impérialiste et mortifère qui agresse tout homme ou femme qui s’y oppose ou qui défend la justice. La Palestine est en ce sens une lutte de l’humanité contre l’impérialisme. Et l’on voit aujourd’hui clairement que la lutte ne se restreint à aucun critère raciale ou religieux. Face à un génocide et à tous les autres crimes imaginables déjà commis par le sionisme, tout être sainement constitué se doit de s’y opposer à la hauteur de ses moyens.

NE : Merci pour vos réponses, bonne journée !
Sym : Merci à vous !

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