samedi 3 décembre 2022
HomeÉdition impriméePourquoi l’argument selon lequel « Israël se défend » est fallacieux

Pourquoi l’argument selon lequel « Israël se défend » est fallacieux

Alors que le conflit israé­lo-palestinien a connu un regain d’intensité en avril-mai, l’argument des défen­seurs d’Israël est toujours le même : Israël ne fait que se défendre face à des « groupes terroristes ». Cet ar­gument est mensonger. Que ce soit au regard de l’his­toire, de la nature même de l’État d’Israël ou de la forme que prend le conflit, en ré­alité, c’est le peuple palesti­nien qui se défend face aux agressions israéliennes.

L’histoire d’Israël : colonisation et massacres

Le 14 mai 1948, Israël déclare unilatéralement son indépendance. Quelques mois plus tôt, un plan de découpe du territoire palestinien avait été voté par l’ONU. Ce plan prévoyait la création de deux États, un juif et l’autre arabe. Pour com­prendre ce plan et les évènements qui ont suivi, il faut revenir en ar­rière. Les terres sur lesquelles se trouve l’État d’Israël et les territoires palestiniens sont les terres histo­riques des juifs, où de nombreux juifs vivaient il y a plus de 3 000 ans. Suite à des invasions successives, les juifs se sont retrouvés dépossé­dés de ces terres. Pendant de nom­breux siècles, le peuple juif a donc été un peuple apatride, sans terre et persécuté dans le monde entier. Pour mettre fin à ces persécutions et pour obtenir une terre, des juifs s’organisent à partir de 1897 dans le congrès sioniste mondial. Leur objectif est la création d’un État juif sur les terres de Palestine. Si une partie de la population juive émigre en Palestine pour faire vivre le pro­jet sioniste, cela reste marginal et ne permet pas la création d’un État juif. C’est à partir de la fin des années 1930 que le projet sioniste prend un nouveau tournant. À ce moment-là, les juifs sont persécutés en Europe avec un niveau de violence jamais atteint, et plus de six millions d’entre eux finiront assassinés par les nazis. Au cours de la seconde guerre mon­diale, des milliers de juifs fuient les persécutions et trouvent refuge en Palestine. À la fin de la guerre, l’ONU accepte donc la création d’un État juif, sous impulsion notamment des États-Unis, devenus la principale puissance impérialiste mondiale, et soutenant le projet sioniste d’une part pour faire oublier son soutien initial au régime nazi, et d’autre part pour bénéficier d’une base d’appui au Moyen-Orient. Seulement, de­puis l’exode massif des juifs à partir du 1er siècle après J.C., les terres de Palestine ont été peuplées par de nombreux peuples. Les derniers en date, arabes, vivaient sur ces terres depuis des siècles avant le plan de partage de l’ONU, qui a ainsi été fait contre leur volonté. Alors, le 14 mai 1948, quand Israël déclare uni­latéralement son indépendance, avant même d’avoir laissé le temps aux arabes de créer un État pales­tinien conformément au plan de partage de l’ONU, pour les palesti­niens, c’est un désastre. Le 15 mai, plus de 700 000 arabes palestiniens sont chassés de leurs terres par le nouvel État israélien, c’est la Nakba (« catastrophe » en arabe), encore aujourd’hui commémorée chaque année. Cet événement déclenche la première guerre israélo-arabe, de la­quelle le tout jeune État d’Israël sort victorieux.

Cet évènement illustre à lui seul pourquoi, dès sa création, l’État d’Is­raël portait en lui un projet colonial, quasi génocidaire contre les arabes de Palestine. Les arabes palestiniens, chassés de leurs terres, n’ont jamais eu la possibilité de créer un État. Une immense partie d’entre eux ont n’ont même pas trouvé refuge dans ce qui constitue aujourd’hui les ter­ritoires palestiniens mais dans les pays voisins (Jordanie, Syrie, Liban).

Dès son indépendance, Israël ne respecte pas le plan de partage de l’ONU et récupère par la force des terres qui devaient revenir aux arabes palestiniens. En 1967, Israël remporte la guerre des six jours et annexe totalement la ville de Jérusa­lem ainsi que le Sinaï (depuis resti­tué à l’État égyptien), mais aussi le plateau du Golan, la bande de Gaza et la Cisjordanie. À ce moment, Is­raël contrôle la totalité du territoire palestinien. Suite à cela, une grande résistance palestinienne se met en place, menée notamment par Yas­ser Arafat et l’Organisation de Libé­ration de la Palestine. En 1987, la première intifada, grande révolte du peuple palestinien, est déclenchée. Elle aboutit en 1993 sur les accords d’Oslo, qui prévoient, à terme, la création d’un État palestinien indé­pendant.

Le non-respect par Israël de ces accords sera un des éléments déclen­cheurs de la deuxième intifada en 2000. Depuis, Israël n’a eu de cesse d’accroître son emprise sur la Pales­tine. Depuis plusieurs années main­tenant, la stratégie de l’État hébreu n’est plus d’attaquer frontalement les territoires palestiniens pour les annexer par la force, mais de créer des colonies juives en terres palesti­niennes pour morceler le territoire et rendre impossible la création d’un État palestinien. En parallèle, l’armée israélienne est présente en permanence en Cisjordanie comme une force d’occupation. L’État d’Is­raël cherche également à écraser dans le sang toute résistance palesti­nienne, par l’occupation et la répres­sion quotidienne de toute velléité de révolte des masses palestiniennes et par des opérations armées extrême­ment violentes comme en 2014 avec l’invasion de la bande de Gaza, qui avait causé plus de 2000 morts, ma­joritairement civils, côté palestinien, ou comme en mai dernier avec les bombardements sur Gaza qui ont tué plus de 200 personnes.

Le projet sioniste : l’anéantissement de la Palestine

Cette politique d’annexions, de colonisation, de massacres et d’oc­cupation est conforme au projet sio­niste. En effet, la finalité même de ce projet est la création d’un État juif sur l’intégralité du territoire palesti­nien. Cela signifie que, par essence, le projet sioniste, et donc l’État d’Israël, est contraire aux droits du peuple palestinien et vise la des­truction totale et définitive de tout peuple arabe en Palestine. Si Israël a accepté, sous la pression de la lutte du peuple palestinien, une solution à deux États dans le cadre des accords d’Oslo, il est évident que cette solu­tion est contraire au projet sioniste, qui ne peut accepter l’existence d’un État palestinien.

Cela explique pourquoi Israël a, officieusement, abandonné toute possibilité de solution à deux États et accentue sa colonisation en Cisjordanie. La volonté d’expulser les familles palestiniennes du quar­tier de Sheikh Jarah, dans l’est de Jé­rusalem, pour les remplacer par des familles juives, s’inscrit également dans cette stratégie d’annexion, visant à mener à bien le projet sio­niste. En effet, depuis des années, Is­raël tend à augmenter le nombre de colonies juives dans les quartiers pa­lestiniens de Jérusalem, et en reliant petit à petit ces quartiers entre eux, le but de l’État hébreu est de séparer l’est de Jérusalem de la Cisjordanie afin d’intégrer toute la ville à l’État d’Israël.

Pour autant, la résistance du peuple palestinien est un véritable caillou dans la chaussure d’Israël. En effet, à Jérusalem et en Cisjordanie, chaque jour, les masses populaires palestiniennes se défendent face à l’occupation, et elles ont obtenu de nombreuses victoires ces der­nières années. Les affrontements sur l’esplanade des mosquées ré­cemment ne sont que le dernier événement en date de cette résis­tance populaire à Jérusalem. Mais le principal bastion de la résistance palestinienne reste aujourd’hui la bande de Gaza, où l’armée israé­lienne n’est plus présente depuis 2005. En mai, les forces armées de la résistance palestinienne ont été bombardées quotidiennement par l’aviation israélienne dans la bande de Gaza. Il faut dire que, compte tenu de l’absence de colonies israé­liennes à Gaza, et du refus des au­torités gazaouies de collaborer avec Israël, il est pour l’instant impossible pour Israël de coloniser la zone. Ain­si, si Israël a trouvé sa stratégie en Cisjordanie pour expulser peu à peu les populations palestiniennes et rendre impossible la création d’un État palestinien, à Gaza la situation est différente et Israël ne sait pour le moment pas comment s’y prendre, ce qui est un frein au projet sioniste.

Le conflit israélo-palestinien, la guerre asymétrique et la lutte anti-impérialiste

Comme nous venons de le voir, par la nature même du projet sioniste, l’État d’Israël est un État oppresseur, et par conséquent, c’est le peuple palestinien qui se défend. Par ailleurs, si on regarde la réalité du conflit, on peut réaliser que l’ar­gument de l’État d’Israël qui se dé­fend tient encore moins. La réalité en Palestine, c’est une guerre asy­métrique, dans le cadre de laquelle un État, Israël, a une armée puis­sante et professionnelle, dotée des armes de dernière technologie, et fait face à une guerre de guérilla me­née par la résistance palestinienne avec des moyens artisanaux et des armes peu sophistiquées. Ainsi, les agressions répétées de la part de l’armée israélienne contre le peuple palestinien ne se font absolument pas dans le cadre d’une réponse « légitime et proportionnée » aux actions palestiniennes, mais bien dans le but d’anéantir purement et simplement la Palestine, conformé­ment au projet sioniste. Si Israël ne faisait que se défendre – ce qui est impossible compte tenu de la nature de cet État -, Israël ne bombarderait pas des écoles, des hôpitaux, des camps de réfugiés, des immeubles où vivent des civils. Si Israël ne faisait que se défendre, la bande de Gaza ne serait pas sous blocus perma­nent depuis de nombreuses années, avec contrôle de l’espace maritime et aérien par Israël. Cette politique criminelle de la part d’Israël n’a rien d’une défense, elle vise à asphyxier le peuple palestinien, à l’écraser, à l’humilier, à le soumettre dans le but de pousser tous les Palestiniens à fuir leurs terres.

Au-delà de ça, et c’est sans doute l’aspect principal du conflit israé­lo-palestinien, lorsque les palesti­niens se défendent contre Israël, ils se défendent indirectement contre l’impérialisme états-unien, dont Is­raël est un relais au Moyen-Orient. Nous vivons à l’époque de l’impéria­lisme, une époque où ce qui déter­mine le fonctionnement du monde, c’est principalement les rapports de force entre les grandes puissances impérialistes. Or, dans le cadre de ce découpage impérialiste du monde, l’État d’Israël est un larbin des États- Unis : Israël, par ses agressions répé­tées contre la Syrie, l’Iran ou encore le Liban, conduit une politique dont le but est d’affaiblir les concurrents de l’impérialisme états-unien dans la région, en premier lieu la Chine et la Russie. Ainsi, il serait erroné de considérer que les États-Unis sou­tiennent Israël, quand c’est en réali­té Israël qui relaye les sales guerres états-uniennes au Moyen-Orient, dans le but de renforcer l’hégémo­nie états-unienne mondiale. Alors, quand les Palestiniens s’attaquent à l’État d’Israël, ils s’attaquent indi­rectement aux États-Unis, première puissance impérialiste mondiale, ils s’attaquent indirectement à tout le système impérialiste et se font, de ce fait, les alliés de tous les peuples opprimés par l’impérialisme dans le monde.

Si le conflit entre Israël et la Pa­lestine ne peut être résolu que par une victoire du peuple palestinien, dans le cadre d’une guerre révolu­tionnaire de libération nationale, alors le sionisme, en tant qu’idéo­logie intrinsèquement coloniale et conforme aux intérêts de l’impéria­lisme états-unien, doit être vaincu. Dans un premier temps, l’urgence pour le peuple palestinien est la création d’un État, ce qui constitue­rait une première grande victoire contre le projet sioniste.

Articles sur le même thème

Articles récents