jeudi 22 février 2024
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Quelle est la position juste face à la guerre en Ukraine ?

Le Comité de Rédaction de Nouvelle Époque a décidé de publier ce texte reçu par mail du Noyau d’Etude Marxiste (NEM) au sujet de la guerre en Ukraine, pour participer au débat d’idées dont le mouvement révolutionnaire a besoin.

Les moments de crise profonde permettent d’aller au fond des choses et d’en saisir toutes les contradictions. Le monde en 2023 est complexe, non pas parce que la situation n’est pas aussi claire qu’avant, mais parce que le Prolétariat est à peine en train de se reconstituer comme force centrale de l’Histoire. La guerre en Ukraine n’échappe pas à cela et des positions fausses émergent, dues à la faiblesse relative du camp révolutionnaire. Il est important de lutter sur la base de principes clairs, car le monde va continuer à se complexifier avec le développement d’une nouvelle vague de Révolutions prolétariennes et l’accentuation de la décomposition du système impérialiste mondial. Trois principales positions erronées émergent et convergent en dehors de l’appui direct à l’OTAN, qui est porté par une pseudo-gauche opportuniste.

La première, la plus évidente à réfuter, est celle qui fait de la Russie une victime des USA. C’est la position du vieux révisionnisme qui pense encore le monde en terme de blocs en lutte idéologique. La Russie n’a même pas un échantillon d’une quelconque politique anti-impérialiste, elle est une puissance impérialiste en décomposition avancée dont la seule force, qui lui permet de se maintenir, est sa capacité théorique de destruction des USA par le feu nucléaire. Elle est obligée pour se maintenir de tomber, tôt ou tard, dans l’alliance impérialiste qui se constitue autour du social-impérialisme chinois.

Les Russes sont les agresseurs de la nation ukrainienne. La Russie n’a pas été envahie, aucun soldat étranger ne foule son territoire. Au contraire, Poutine et sa politique néo-tsariste va jusqu’à nier l’existence de la nation ukrainienne. Il n’y a en Russie aucun reste de l’URSS du temps où elle était encore socialiste, c’est-à-dire jusqu’à la fin des années 1950. D’ailleurs, Poutine l’a plusieurs fois répété : la grande erreur des bolcheviks a été la question nationale en URSS. La politique actuelle de la Russie n’est que le résultat du révisionnisme initié par Khrouchtchev qui a détruit le socialisme pour remettre en place la barbarie capitaliste. Le comble de tout cela, c’est que ce sont les révisionnistes devenus ouvertement capitalistes qui ont poussé à l’implosion de l’URSS, la Russie ne voulant pas « payer » pour les Républiques plus pauvres.

Dans la même veine, nous avons la fausse excuse de « défendre les populations du Donbass contre l’agression ukrainienne ». Il est maintenant prouvé que l’Ukraine n’allait pas envahir le Donbass en 2022, la carte militaire de ce fatidique mois de février le prouve. Les populations du Donbass sont les victimes de l’impérialisme Russe tout comme la nation ukrainienne dont ils font partie. La défense des populations « Russes » – à vrai dire russophones – d’Ukraine est aussi un argument des plus cyniques, car ce sont aujourd’hui ces populations qui voient leurs vies détruites, leurs villages et villes rasées sous le feu de l’artillerie Russe. Personne ne vient libérer un pays en le détruisant si ce n’est les impérialistes.

La seconde des positions, c’est le « ni-ni ». C’est celle qui renvoie dos à dos Poutine et Zelensky, laquais de l’OTAN. Cette position qui affirme que Zelensky, donc par extension la résistance ukrainienne et plus largement la nation ukrainienne, est soumis à l’OTAN converge complétement avec le discours pro-guerre de Poutine. Comme disent les « spécialistes » de BFMTV, c’est le « narratif Poutinien » que d’affirmer une convergence ; convergence qui vient de l’amalgame entre Zelensky et son gouvernement et les masses ukrainiennes. Ce discours est le plus compréhensible car il est, à première vue, le plus juste pour un révolutionnaire quand on voit la composition des forces dirigeant officiellement la résistance ukrainienne, mais surtout celles mises en avant. Le problème, c’est qu’on ne voit pas le principal et le secondaire dans cette affaire. C’est la position que porte notamment “Révolution permanente1. Nous y reviendrons.

La dernière des positions erronées, c’est affirmer que nous sommes entrés dans une nouvelle Guerre mondiale, voire que nous sommes déjà en guerre. C’est la position notamment du média A Gauche (agauche.org). Là aussi, cette position converge avec le « narratif » de Poutine. C’est aujourd’hui son principal argument pour envoyer se faire massacrer son peuple : la Russie est en guerre contre l’OTAN car aujourd’hui, face au revers militaires, la « dénazification de l’Ukraine » ne suffit plus pour mobiliser. Il ne s’agirait plus de l’Ukraine mais d’une guerre ouverte contre l’OTAN, une guerre où la Russie joue son existence en tant que Nation. Non seulement cette position appuie Poutine, mais aussi la mobilisation pour la guerre ici en Europe. Il faudrait se réarmer massivement, parce que la guerre est déjà là – voilà ce que nous crient les impérialistes les plus agressifs. Si nous étions en guerre ouverte, nous serions mobilisés et nous serions en train de combattre sur le front du Donbass. Il n’y a pas, aujourd’hui, de troupes US, britanniques, françaises ou allemandes qui combattent officiellement contre les Russes. Il y a les services de renseignements de l’OTAN qui renseignent, des « conseillers techniques » qui forment, des mercenaires qui baroudent, mais pas de corps expéditionnaires comme en Irak.

Il ne faut pas se tromper d’époque : ni les USA, ni les puissances inféodées à l’OTAN, dont la France, ne veulent une guerre ouverte avec la Russie. Les USA l’ont répété plusieurs fois : même l’utilisation tactique du feu nucléaire contre l’Ukraine ne déclencherait pas une guerre généralisée. Aujourd’hui, les économies occidentales ne sont pas prêtes à un tel choc et elles n’y ont aucun intérêt. Comme nous le répétons dans tous nos articles, la guerre inter-impérialiste est une boite de pandore dont les acteurs perdent le contrôle.

Par contre, la volonté des impérialistes opposés aux Russes est d’utiliser l’Ukraine à la manière de la Pologne, comme future base d’attaque contre la Russie, en les surmilitarisant et, bien entendu, en les dominant totalement politiquement et économiquement, ce qui va de pair.

La peur de la guerre inter-impérialiste, c’est-à-dire nucléaire, est un dispositif antirévolutionnaire qui ne doit pas nous tromper. Comme nous l’a enseigné le leader révolutionnaire chinois, le Président Mao, nous n’avons pas à avoir peur de la guerre impérialiste, nous devons la transformer en son contraire, la seule guerre juste, la guerre révolutionnaire.

Quelle est donc la position juste au sujet de la guerre en Ukraine ?

Les faits sont là : depuis un an maintenant, une guerre totale est menée contre la nation ukrainienne par l’impérialisme russe. Des centaines de milliers de morts, des millions de réfugiés et un pays en ruine – voilà le résultat de la prétendue « opération spéciale ». C’est la résistance héroïque du peuple ukrainien, malgré le régime de traître soumis aux intérêts US dirigé par Zelensky, qui a empêché que les Russes ne remplissent leur but de guerre. C’est la mobilisation générale des masses qui a évité la défaite totale lors du premier acte de l’invasion russe. Ce n’est pas comme il peut être dit par les renseignements US, le fait de « l’opération ratée de l’aéroport d’Hostomel » qui a évité la chute de l’Ukraine, mais la mobilisation générale du peuple dans les unités territoriales, qui ont harcelé sans relâche les troupes d’invasion. Cette page héroïque restera dans l’histoire comme un grand moment d’affirmation de la nation ukrainienne.

La principale contradiction est entre la nation ukrainienne opprimée par l’impérialisme et l’impérialisme russe. Tout cela est indépendant du caractère de classe du régime de Kiev, totalement soumis aujourd’hui aux intérêts de différentes puissances impérialistes, principalement aux impérialistes US. Le caractère de classe du régime de Kiev est secondaire dans l’affaire. Un quelconque amalgame entre le principal et le secondaire vient nier le droit à l’indépendance et à la souveraineté de la nation ukrainienne et de fait converge avec les intérêts russes.

Cette guerre se place donc dans le cadre de la contradiction principale dans le monde, qui est entre les nations opprimées et les impérialistes. Mais la contradiction inter-impérialiste, bien que secondaire, est évidemment très importante à saisir, comme nous l’explique le périodique en ligne Internationale Communiste (ci-ic.org).

La contradiction inter-impérialiste a également atteint une expression aigüe. Le plan à long terme des États-Unis est d’encercler et finalement de vaincre leur seul équivalent nucléaire, et les contre-mesures russes pour reprendre les positions perdues sont le facteur clé qui a conduit à la guerre. Les intérêts déclarés des Yankees sont que la Russie soit enfermée dans une « guerre sans fin », qu’elle gaspille ses ressources et qu’elle soit contrainte d’immobiliser l’essentiel de ses forces conventionnelles sur le front occidental, que l’Ukraine devienne en ce sens un bastion entièrement militarisé et que ses « alliés » au sein de l’OTAN soient contraints de s’aligner sur son plan stratégique, dont le principal objectif est le social-impérialisme chinois. Dans ce contexte, les intérêts des autres impérialistes (notamment l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et la Chine) sont en contradiction avec ceux des impérialistes russes et américains, mais ils n’ont pas d’autre choix que de s’aligner sur l’une des deux superpuissances nucléaires. Aucun de ces impérialistes n’a aujourd’hui intérêt à déclencher une guerre mondiale. Même l’utilisation éventuelle d’armes nucléaires tactiques par la Russie ne déclencherait pas de réponse nucléaire de la part des Américains, comme leurs représentants politiques l’ont déclaré à maintes reprises. Par conséquent, se concentrer sur le danger d’une guerre mondiale – un danger qui sera toujours présent tant que l’impérialisme continuera d’exister – est une erreur politique qui conduit à la conciliation même avec les intérêts de l’impérialisme russe au prétexte « d’éviter la guerre ».

Le périodique continue en expliquant que c’est par cette contradiction externe (la lutte inter-impérialiste) que se développe la contradiction interne de la nation ukrainienne. Il est évident que le régime de Zelensky est en opposition totale avec les intérêts du peuple et donc de la Résistance. Il a supprimé toute opposition, tout droit démocratique des travailleurs. La censure et la répression de toute organisation autonome et indépendante est écrasée par le régime ou par les milices fascistes sur lesquelles il s’appuie. La guerre est dirigée par les USA, et ne répond qu’à leurs intérêts. Les « kriegspiels » organisés dans les bases de l’OTAN en Allemagne montrent que l’État-major ukrainien n’est qu’un exécutant de la volonté américaine2. La guerre ne s’appuie que sur les armes données « gracieusement » par l’OTAN et l’envoi à la boucherie du peuple, vu comme consommable comme en ce moment à Bakhmut. Le but des USA étant d’épuiser la Russie dans une guerre longue, mais pas de libérer l’Ukraine. D’ailleurs les impérialistes parlent ouvertement de négociation avec la Russie rentrant en contradiction avec les masses ukrainiennes exigeant la libération totale du pays. Si la guerre était véritablement populaire la stratégie serait toute autre et la guérilla serait au centre, comme au premier moment de l’invasion. Seule la guérilla peut épuiser matériellement et moralement un puissance comme la Russie, qui, loin des bavardages médiatiques, a encore de grandes ressources pour mener son entreprise de mort.

Il est évident que pour qu’une résistance populaire voit le jour et suive le chemin juste pour la lutte de libération nationale, il faut une organisation révolutionnaire qui porte les intérêts démocratiques de la nation, c’est-à-dire qui ne soit pas soumise au bon vouloir des impérialistes. Cette organisation n’existe pas et donc la contradiction entre la juste lutte de libération nationale et le gouvernement de traîtres à Kiev va s’accentuer. Tôt ou tard, ce régime trahira ouvertement les intérêts de la nation en négociant avec les Russes un status quo sous supervision des USA. C’est déjà ce que propose d’influents think tanks US3. Les impérialistes ont conscience qu’a un moment donné, les bénéfices de cette guerre peuvent se transformer en son contraire. A ce moment-là, les contradictions imploseront, les masses ukrainiennes se révolteront contre les traîtres et prendront leur destinée nationale en main.

Notre devoir, comme révolutionnaires et démocrates, est d’appuyer les anti-impérialistes et démocrates sincères qui sont présents dans la Résistance ukrainienne. En tant qu’internationalistes, nous devons promouvoir l’amitié entre les peuples face à l’instrumentalisation des impérialistes. Défendre la culture, notamment Russe, contre la tentative anti-démocratique de « barbarisation »4 ; défendre l’amitié entre les peuples russes et ukrainiens qui a fermement existé lorsque l’URSS était encore socialiste ; s’opposer à la banalisation du fascisme au nom de la lutte pour l’Ukraine, notamment la banalisation du génocidaire anti-peuple Stefan Bandera ou encore du mensonge de l’Holodomor, sont des nécessités démocratiques, car derrière tout ça se cache l’anticommunisme le plus cru, ennemi de toute entreprise d’émancipation humaine.

Il est bien sûr urgent de lutter contre la guerre d’agression russe mais aussi contre le bellicisme des impérialistes et en premier ordre du notre, le français, très actif sur le front sud de l’OTAN, en Roumanie et en Grèce. La France, comme puissance impérialiste de second rang, ne peut que s’arquebouter sur son armée pour tenter d’avoir quelques miettes de ce qui restera du gâteau ukrainien, mais aussi de se positionner pour les futures guerres de repartage du monde. Choisissons le camp du peuple et saluons la juste lutte de libération nationale des masses ukrainiennes, luttons contre la guerre impérialiste, ennemi des peuples du monde.

1https://www.revolutionpermanente.fr/Guerre-en-Ukraine-Le-NPA-a-la-remorque-de-la-gauche-pro-OTAN

2https://www.lemonde.fr/international/article/2023/03/08/l-ukraine-prepare-sa-contre-offensive-avec-des-wargames-organises-par-le-pentagone_6164572_3210.html

3https://www.rand.org/pubs/perspectives/PEA2510-1.html

4https://www.causam.fr/easyblog/societe/relire-dostoievski-et-tolstoi-pendant-la-guerre-d-ukraine

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