lundi 20 mai 2024
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Toulouse : Opération « Place nette » – pour nettoyer quoi ?

Ce mardi 2 avril 2024, les habitants du quartier populaire de la Reynerie à Toulouse ont pu constater une très forte présence policière en allant déposer leurs enfants à l’école, devant les commerces ou en utilisant le réseau local de transports. Cette fois-ci, ce n’était pas juste une énième descente ou un simple « nettoyage » de la place centrale (où les « vendeurs à la sauvette » sont nombreux) mais une opération « Place nette XXL », opération de lutte « contre la délinquance et la criminalité, et plus particulièrement le trafic de drogue », menée dans les quartiers partout en France.

Si ce n’est pas la première fois qu’une opération « Place nette » a lieu à Toulouse (la ville ayant été ville-test de ce genre d’opérations), c’est la première fois que cela prend une ampleur aussi grande, avec une durée prévue de plusieurs semaines, et potentiellement plusieurs mois. Elle est aussi exceptionnelle par les moyens mis en place : 250 policiers mobilisés, des perquisitions en masse et surtout des gardes-à-vue jusqu’à 96 heures, soit largement au-dessus des 72 heures prévues pour terrorisme !

Cette opération « Place nette », sous couvert d’être une « guerre contre la drogue », est une gigantesque entreprise de contrôle des pauvres et de propagande. La bourgeoisie n’a aucune raison de traiter le problème de la drogue, et s’en sert pour réprimer toujours plus les classes populaires. Ce sont des milliers d’euros de nos impôts, payés par les travailleurs et travailleuses, qui sont gâchés dans un jeu du chat et de la souris totalement contrôlé par l’État, qui tire un grand bénéfice du trafic.

La réalité c’est que la consommation de drogue de façon massive et régulière dans nos sociétés, c’est à la fois un symptôme et une volonté du capitalisme. Nous noyons nos problèmes dedans, afin de sortir artificiellement de la société pourrie qui nous est imposée, et les effets psychotropes leur permettent de nous détourner de la lutte. Rappelons-nous que la CIA, pour contrer le mouvement révolutionnaire aux Etats-Unis (notamment les Black Panthers) a fomenté un grand plan pour inonder les quartiers populaires américains de drogues, dont nous voyons encore les résultats désastreux aujourd’hui.

La drogue, c’est donc aussi une arme pour le capitalisme et la bourgeoisie car, par leurs effets néfastes évidents lorsqu’elles sont répandues dans la population, la bourgeoisie peut justifier un contrôle pour soi-disant les éradiquer. Soi-disant, car étant donné que c’est un outil pour elle, la bourgeoisie n’a pas d’intérêt à la supprimer. La répression « contre la drogue » devient alors une répression contre les populations où elles circulent, c’est-à-dire principalement les habitants des quartiers populaires de France.

Tout cela fait partie de la politique contre-insurrectionnelle développée au fur et à mesures des années par l’Etat français, car cette soi-disant « guerre contre le drogue » permet de placer les pions de la police et de se préparer en prévision de révoltes urbaines. Au quotidien et surtout lorsque les quartiers s’embrasent, la police « luttant contre la drogue », est déployée pour tabasser, mutiler, enfermer les jeunes révoltés. La répression « contre la drogue », c’est en fait une politique de terreur contre le prolétariat.

Ce n’est pas pour rien que cette politique terroriste connaît un nouveau bond en ce début 2024 : après les Soulèvements de juin 2023 dans les quartiers populaires, après la forte mobilisation des quartiers pour la Palestine, après les réactions aux meurtres policiers dans le 93 ou le 95, pendant les luttes contre les projets de l’ANRU de démolition des quartiers populaires, cette mesure est l’expression de la contradiction de classe qui s’aiguise en France à un niveau élevé, et qui inévitablement se développe d’abord dans les quartiers populaires du pays, lieux de concentration du prolétariat.

Alors que retenir ? Les opérations « Place nette XXL » ne sont pas des opérations de « lutte contre la drogue » mais des opérations de terreur contre les quartiers populaires, principaux moteurs de révolte en France. Face à cela, seule l’organisation entre habitants est la solution, sous la forme de Comités Populaires d’Entraide et de Solidarité qui prennent en charge toutes les questions liées à nos conditions de vie et permettent de résoudre nous-mêmes nos problèmes, de manière totalement indépendante vis-à-vis de l’Etat et des politiciens qui l’accompagnent.

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