lundi 20 mai 2024
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[Tribune des lecteurs] Tu ne tueras point ton frère, sauf s’il est musulman.

Nous partageons ici un article proposé par une lectrice mi-octobre après 10 jours de guerre, suite à la censure de son article par le journal de son université.

Cet article a pour unique but de relater de faits connus par les personnes les plus influentes de la scène politique, maispourtant ignorés et méprisés. Ici, la question porte sur le sionisme, qui est lui-même contesté par une partie des israéliens. On peut être contre l’antisémitisme tout en étant indéfectiblement contre le colonialisme israélien : ces deux postures ne sont pasantinomiques.

Si vous ne faites pas attention, les médias vous feront détester les opprimés et aimer les oppresseurs”, Malcolm X.

Jamais Israël n’a connu un gouvernement aussi provocateur, raciste et “illuminé religieusement”. Malgré des enquêtes et avertissements du Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies, l’humiliation, l’oppression, et le “durcissement du système d’aparthéid” selon Marc Botenga, perpétuent. Au milieu de tout cela, des Palestiniens oubliés et méprisés par des Etats qui pourraient faire la différence. Jusqu’à la dernière attaque du Hamas il y a quelques jours, la plupart d’entre eux alimentaient un silence complice. Aujourd’hui, ils soutiennent ouvertement une occupation sioniste violant droits de l’Homme et droit international.

UN GOUVERNEMENT RADICALISÉ

Les multiples provocations des nouveaux hommes forts du gouvernement israélien nous éloignent encore plus des accords d’Oslo. L’un des premiers politiques à prôner l’occupation est Bezalel Smotrich, le ministre des Finances. “ La Palestine n’existe pas […] je pense que le village d’Huwara devrait être anéanti et je pense qu’Israël devrait le faire”, tels étaient ses mots en mars 2023. Par ailleurs, on s’aperçoit que les citoyens tiennent des propos dans la droite ligne du gouvernement. Si vous employez le mot “palestinien”, ils vous couperont automatiquement la parole en affirmant qu’un palestinien n’existe pas, que c’est une invention. Ils préfèrent employer le terme “terroriste”. D’une certaine manière, on est face à des suprémacistes juifs qui reproduisent leurs propres traumatismes, c’est-à-dire un système d’aparthéid : on nie l’existence d’une population bien réelle en faisant tout pour qu’elle quitte les terres.

L’autre poids lourd du gouvernement : Itamar Ben-Gvir, inculpé plus de 50 fois pour incitation à la haine et célèbre pour ses coups de force, notamment à Jérusalem, à majorité palestinienne. C’est aujourd’hui le premier policier d’Israël puisqu’il est ministre de la sécurité nationale. Avec des suprémacistes à la tête du gouvernement, on comprend pourquoi la paix semble si lointaine. Ces deux figures d’extrême droite habitent au cœur des colonies de Cisjordanie. Ainsi, ils renvoient un message selon lequel n’importe qui peut faire ce qu’il veut au sein des territoires palestiniens. Certains ultranationalistes se voient même élargir les frontières d’Israël du Nil à l’Euphrate.

Aujourd’hui, 700 000 Juifs vivent dans les territoires occupés, persuadés d’être dans leur droit. Cependant, tout cela est illégal au regard du droit international. Or, lorsque l’on parle de cela aux personnes vivant dans ces “implantations” (elles préfèrent ce terme à celui de “colonies”), elles affirment ne pas prendre les conseils d’un Occident colonisateur et criminel. La loi, telle qu’on l’entend au sens juridique, ne leur importe pas, ce qui importe est la loi fondamentale : celle de Dieu. Selon leurs croyances, le retour à Israël permettrait d’accomplir la prophétie de Dieu. C’est une véritable mission. Encore une fois, des propos répétés par les élites politiques. Élites qui fondent leur électorat sur la religion. C’est un véritable pilier de la politique sioniste. Dans certaines écoles israéliennes, le but est de former le parfait petit soldat sioniste. On se base alors sur la Torah. Ce livre saint et chéri par de nombreux croyants autour du globe n’a aucun mal à être modifié par les sionistes. Ainsi, on nous explique que “ Tu ne tueras point ton frère, sauf s’il est musulman. Son sang est ton droit.” En ce sens, si un Palestinein tue, c’est du terrorisme mais, si un Israélien tue, c’est du sionisme: il a sauvé son pays.

Penser que tous les Israéliens approuvent l’aparthéid et ce virage à l’extrême droite est une grosse erreur. C’est notamment à Tel-Aviv que des jeunes descendent dans les rues en criant leur colère. Ils ne souhaitent qu’une chose : la paix et la démocratie. Il n’est pas rare de les voir condamner la création d’un État religieux et la colonisation, en rappelant son illégalité. Malheureusement, ce n’est qu’une minorité qui ose se battre. Les pro-gouvernement sont plus nombreux. Cette forme de confrontation est dans l’intérêt même des extrémistes. Il suffit de diviser pour mieux régner et, ainsi, affaiblir la démocratie.

“NOS VIES NE VALENT RIEN, CELLES DE NOS ENFANTS NON PLUS.”

Ces paroles en disent long. “Je veux oublier les soldats qui ont cassé la porte de la maison quand j’avais 4 ans. Je veux oublier mes camarades de classe tués par les soldats à côté d’une colonie.

Les raids peuvent presque être considérés comme la signature du sionisme. Ils permettent d’avoir une véritable emprise sur autrui. Ils peuvent arriver dans 20 minutes, deux jours ou une semaine, ce qui alimente la domination israélienne. L’objectif de ces raids est de se débarrasser le plus rapidement des Palestiniens, plus connus sous le nom de “terroristes”, que ce soit par la mort ou une pression si intense qu’ils doivent fuir le pays.

Premièrement, on peut se pencher sur les raids de rues. Les rues gorgées de petits stands marchands et d’enfants jouant au ballon peuvent vite être recouvertes de sang et de larmes. Tout semble si calme jusqu’à ce que les forces israéliennes, habillées en civils, débarquent à toute vitesse dans les rues.

Leurs cibles seraient des membres du Hamas, pourtant, les 3⁄4 des victimes sont des marchands, des adolescents et des enfants. Jénine, surnommée le “nid de guêpes” par les Israéliens, est victime de raids permanents. En 2014, on compte 2 000 raids en seulement cinquante jours. Pour les Palestiniens, Jénine est la capitale du martyr, à tel point qu’on met en place plusieurs stratégies pour se protéger, comme l’installation de voiles noirs entre les bâtiments pour brouiller la vision des snipers.

Malheureusement, ça n’empếchera pas le massacre d’autres civils. En parallèle, les soldats israéliens ne se contentent pas de saccager les rues. Cette haine envers le peuple palestinien se manifeste aussi à travers l’occupation de maisons. Régulièrement, des familles palestiniennes se font violemment expulser de leur domicile. La cause ? Elles se trouvereraient sur des terres juives. C’est notamment le cas à Jérusalem-Est, à majorité palestinienne, mais occupée illégalement par Israël. En effet, les colons s’approprient les immeubles et marquent les murs de leur présence. L’objectif est de posséder l’entièreté de la ville.

Alors, Jérusalem, la ville trois fois sainte, cristallise toutes les tensions. Elle est proclamée comme capitale pour l’Etat hébreu et revendiquée comme chef lieu du futur Etat palestinien. La Vieille ville est particulièrement convoitée. Pour mieux comprendre la situation, il est bon de rappeler que cette dernière regroupe le quartier chrétien, arménien, musulman et juif. Ainsi, les quartiers sont collés les uns aux autres, et le Mur des Lamentations se trouve à quelques mètres de la mosquée Al-Aqsa. Cependant, ces dernières années, les juifs ultra-religieux, encore plus lors du ramadan, multiplient les provocations. Il n’est pas rare de les voir déambuler sur l’esplanade, essayant d’interrompre la prière à l’aide de chants juifs, comme c’était le cas en avril dernier. Cette haine si profonde envers les Palestiniens et l’Islam ne s’arrête pas là. Même les lieux saints voient leurs murs remplis de sang. Plusieurs fois, lors du ramadan, des soldats israéliens prennent de force Al-Aqsa pour y battre à coups de matraque les fidèles jusqu’à leur dernier souffle. Tous ces actes barbares nous rappellent les massacres à Al-Dawayima, Deir Yassin, Kafr Qasem ou encore Ibrahimi. Il ne faut pas non plus oublier les attaques de roquettes (souvent signées au marqueur rose avant d’être envoyées) envers Gaza, comme celles du 9 juillet 2014, qui avaient rendus euphoriques quelques Israéliens assistant à la scène sur une colline “C’est mieux que la Coupe du monde !”.

UNE JEUNESSE RADICALISÉE ?

Face à cette injustice, les jeunes Palestiniens n’ont plus peur de riposter. Tous les vendredis, c’est lancers de cailloux contre lancers de grenades : militants palestiniens contre militaires israéliens. Un rituel banal en Cisjordanie. Tous les colons sont armés, et ce, dès le plus jeune âge. Les Palestiniens, eux, sont équipés de pierres. Cette forme d’inégalité en termes d’équipement s’explique par le fait qu’Israël bénéficie d’un soutien financier et militaire américain très important.

Ainsi, on se retrouve face à des jeunes avec un quotidien rythmé par la haine, la violence et la mort. Les jeunes Palestiniens sont alors prêts à mourir en martyrs pour récupérer le peu de choses qui leur reste. Dans ce vide politique et diplomatique, les armes se font entendre. C’est bien connu, le désespoir mène, tôt ou tard, à une forme de radicalisation. Ainsi, de plus en plus de jeunes rejoignent des groupes armés pour riposter et espérer obtenir justice après tant d’années d’oppression. Alors, les interventions inhumaines de la part d’Israël ne sont plus sans conséquences : d’un côté, on a des lancers de cailloux de la part des civils, de l’autre, des groupes considérés comme terroristes avec des armes bien réelles. A noter que les forces israéliennes n’ont jamais été considérées comme telles, malgré leurs multiples violations des droits de l’Homme.

D’après Don Helder Camara, il existe trois types de violences : la violence institutionnelle qui légalise les dominations et les oppressions en laminant les Hommes sous ses rouages silencieux, la violence révolutionnaire naissant de la volonté d’abolir la première, et la violence répressive qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant complice de la première. Il semble alors hypocrite de n’appeler violence que la seconde en oubliant la première qui la fait naître et la troisième qui la tue. En ce sens, si l’on reprend Nelson Mandela, c’est toujours l’oppresseur, et non l’opprimé, qui détermine la force des luttes. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’a pas d’autre choix que de répondre par la violence.

Lorsque la Palestine ose enfin riposter, on la diabolise. L’Occident s’en délecte, étant aux bottes des Etats-Unis. Nous soutenons l’Ukraine face à l’invasion russe, mais, lorsqu’il s’agit d’un peuple musulman avec un peu plus de mélanine dans le sang, ce sont des terroristes. Vous pensez qu’Israël, ou du moins la politique sionniste, est le seul assassin? Le sionisme tue, mais l’ignorance et le mépris de l’Occident d’autant plus.

La Palestine ne serait alors pas seule contre Israël, mais seule contre le monde. A quoi bon avoir des organisations internationales si elles ne condamnent pas fermement un pays ayant déjà eu plusieurs avertissements ? A quoi servent ces instances si les intérêts égoïstes de chaque pays comptent plus que la paix et la justice ?

Octobre 2023
HAAF-BOUARIOUA Alicia

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