samedi 20 avril 2024
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L’insurrection de Hambourg et sa signification pour les révolutionnaires d’aujourd’hui

Le Comité de Rédaction de Nouvelle Epoque a choisi de publier ce texte du Noyau d’Etude Marxiste (NEM), daté du 23 octobre 2023. Notre journal s’associe à toutes les initiatives en rapport avec le centenaire de l’insurrection de Hambourg, en Allemagne comme dans le reste du monde. Cet événement marquant pour notre classe doit être célébré par tous les révolutionnaires et démocrates sincères.

« Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, nouvelle lutte encore, et cela jusqu’à la victoire – telle est la logique du peuple. »
Mao Zedong

Il y a maintenant 100 ans, le 23 octobre 1923 au petit matin, un groupe déterminé de communistes prend d’assaut les commissariats de police de la ville de Hambourg, au nord de l’Allemagne. L’insurrection de Hambourg, événement d’une grande importance pour tous les révolutionnaires d’Europe, a commencé.

L’insurrection de Hambourg est à replacer dans son contexte : le Parti Communiste d’Allemagne (P.C.A.) est alors l’un des plus influents au monde, malgré son jeune âge. L’impérialisme allemand connaît en effet à cette période une grave crise économique, liée aux contradictions internes du capitalisme, qui se transforme en crise politique de régime ; plus personne ne veut être gouverné comme avant. Les larges masses connaissent alors la faim et la misère, et la situation est très difficile pour le peuple qui est écrasé par les demandes du traité de Versailles, signé en 1919 à la fin de la Première guerre mondiale. C’est dans ce contexte que le P.C.A. prend un certain essor, mobilisant les masses contre cet état de fait et portant la seule véritable alternative révolutionnaire face aux sociaux-démocrates.

Alors que la situation connaît un pic de développement, la direction du Parti allemand et celle de l’Internationale Communiste comme du Parti bolchevik d’URSS se réunissent pour discuter d’un plan d’insurrection général en Allemagne. En effet, l’analyse des dirigeants communistes internationaux démontre que le centre révolutionnaire pourrait se déplacer de la Russie jusqu’en Allemagne en cas de victoire du prolétariat dans ce pays. La situation est extrêmement favorable et tous les voyants sont au vert d’un point de vue Marxiste ; il faut y aller !

Le plan est donc préparé minutieusement, avec des zones à prendre, à défendre, une nouvelle organisation politique des zones contrôlées, des militants affectés à des postes de combat, etc. Une partie importante du plan d’insurrection concerne les bases de masses sur lesquelles va s’appuyer la lutte armée ; celles-ci seront principalement composées des conseils ouvriers, mais il faut pour cela rallier les sociaux-démocrates. Le 21 octobre, lors d’une conférence des conseils d’entreprise où le P.C.A. pensait régler cette affaire, les sociaux-démocrates refusent finalement l’objectif d’une insurrection et de la prise du pouvoir par les armes, décriant et s’opposant ouvertement aux projets du P.C.A. Face à cette trahison, la jeune direction du Parti doit prendre rapidement une décision : le poids de la ligne politique opportuniste qui sera plus tard nommée « de droite » est énorme, et elle s’incarne notamment dans le dirigeant Heinrich Brandler. Celui-ci, avec le reste de la direction du P.C.A., décide d’annuler les plans d’insurrection.

Alors que la nouvelle parvient aux sections du Parti, celle de Hambourg, particulièrement combative, ne reçoit pas les dernières directives à temps. Le plan d’insurrection est donc lancé comme prévu, au vu de l’agitation politique des masses qui bouillonnent dans tout le pays et n’attendent qu’une seule chose : organiser leur colère pour enfin vaincre l’ennemi. Avec héroïsme, des bataillons de partisans s’en prennent aux postes de police sans armes, afin d’armer la révolte, qui grandit et s’étale rapidement. De durs combats sont menés et les communistes se battent jusqu’au bout avec le peuple contre une armée bourgeoise soutenue par un Etat ; les masses à la base non armées, avec peu de formation militaire et sans moyens font face à une des meilleures polices du monde et lui inflige des coups puissants. Finalement, l’insurrection, restant isolée du reste du pays où elle n’a pas été lancée, est vaincue par la réaction après de durs, longs et violents combats ; 21 communistes sont tués, 175 sont blessés, 102 seront fait prisonniers, et 61 civils meurent dans la bataille.

Les enseignements

Nous ne racontons pas tout cela par pur plaisir historique, ou pour se remémorer des « glorieux temps passés » qui ne seraient plus. Non, les Marxistes voient l’histoire comme le plus grand des professeurs, car elle nous enseigne énormément ; toute connaissance humaine provient « de trois sortes de pratique sociale : la lutte pour la production, la lutte de classes et l’expérimentation scientifique » (Président Mao, D’où viennent les idées justes ?), et l’histoire recoupe toutes ces catégories. Nous faisons donc de l’histoire pour s’en servir comme un outil pour affiner notre compréhension du monde actuel, et surtout le transformer au regard d’une compréhension supérieure. Ce qui importe, c’est de prendre acte du réel pour être en mesure de le modifier ; les Marxistes « appliquent » l’histoire !

Nous pensons donc que la grande insurrection de Hambourg, qui brille toujours comme un pic dans l’épopée de la lutte des classes au niveau mondial, nous enseigne beaucoup. Tout d’abord, la suite des événements a prouvé aux yeux du monde que celles et ceux qui voyaient l’échec du soulèvement comme une défaite absolue avaient tort ; le prolétariat ne peut pas perdre pour toujours, toutes ses défaites ne sont que temporaires, et au contraire elles le renforcent. C’est le Marxisme qui nous apprend cela, puisque le rôle historique de la classe est de dépasser le capitalisme pour imposer un ordre nouveau, une société sans classes et sans État, le Communisme. Elle ne saurait donc être vaincue par les capitalistes, car elle porte dans son essence tous les éléments nécessaires pour les vaincre – tous les coups que le prolétariat reçoit ne sont en fait que des écoles de lutte qui le rapprochent toujours plus de la victoire finale. Nous devons aujourd’hui nous battre sans relâche contre la conception imposée par la bourgeoisie à une bonne partie des masses et des militants, et faire comprendre que la roue de l’histoire ne peut pas tourner à l’envers. Les masses redoublent de combativité aux quatre coins du globe comme en France, et il est faux de dire que le Marxisme a été battu une bonne fois pour toutes, les faits le démontrent concrètement.

Ensuite, nous apprenons incontestablement de l’héroïsme des prolétaires allemands guidés par leur Parti sur la voie de la violence révolutionnaire. Ils ont osé « monter à l’assaut du ciel » comme le disait le grand Karl Marx pour qualifier les communards de 1871, face à une réaction dangereusement organisée et sans pitié envers les émeutiers. Tous ont rempli leur devoir de communistes, et ont su garder le moral de la classe bien haut, en montrant qu’une poignée de révolutionnaires et les masses dans leur sillon peuvent tenir tête à la bourgeoisie. Ils ont montré qu’une autre voie était possible face au révisionnisme, à la social-démocratie déjà pourrissante, qui vend les intérêts du peuple aux financiers dans l’espoir de trouver des places au chaud. Ils ont montré que le Pouvoir ne se demande pas mais se conquiert, les armes à la main, dans un affrontement acharné : l’insurrection de Hambourg est une arme de combat pour les travailleurs d’Allemagne, d’Europe et du monde entier qui prouve la validité du Marxisme, un exemple criant de vérité contre les mensonges des opportunistes qui veulent « canaliser » le torrent de rage.

Hambourg nous apprend bien sûr que le rôle du Parti est fondamental. Sans plan pour l’insurrection, sans cadres communistes pour la diriger, sans programme politique et sans mettre le Marxisme aux commandes, tout soulèvement de la classe ne peut aller très loin. On y a vu les masses suivre les directives et les mots d’ordre du Parti Communiste, alors que dans la période précédente (pourtant pas si éloignée), beaucoup avaient été gagnés à la social-démocratie et ne pensaient pas en dehors du cadre électoral bourgeois. Seulement, c’est la guerre révolutionnaire qui incorpore les larges masses, qui ont ici rapidement rejoint le front du Parti ; et après coup, cette victoire est restée valable, de nombreuses parties du peuple ont placé leurs espoirs dans le P.C.A., le reconnaissant comme avant-garde légitime.

Enfin, ces événements d’une grande importance nous rappellent l’importance de la lutte de deux lignes au sein de l’organisation pour combattre la ligne noire, la ligne qui nie le réel et déforme le Marxisme. En effet, la série de mauvaises décisions prises par la direction du P.C.A., en fait sa non-direction de l’insurrection, est la cause principale de l’échec de celle-ci. Les dirigeants droitiers ont tout fait pour freiner son déclenchement, avant et pendant, tandis que la gauche organisée notamment autour de Ernst Thälmann a porté haut le drapeau rouge avec le socialisme en ligne de mire. Les documents du Comité Executif de l’Internationale Communiste (C.E.I.C.) portant sur cet aspect (la lutte de deux lignes au sein du Parti – l’organisation de la gauche, du centre et de la droite dans celui-ci) sont très importants à analyser pour comprendre correctement la situation, ainsi que les événements qui ont suivi. Ce sont des enseignements importants pour tous les révolutionnaires sincères, car « c’est de l’intérieur que l’on détruit le plus facilement les forteresses ».

Les 100 ans de l’insurrection de Hambourg ne sont donc pas un simple anniversaire à fêter en soufflant des bougies. Nous devons les fêter avec toujours plus de luttes, toujours plus de hargne dans notre travail et en étudiant précisément le déroulé des événements. Encore une fois, l’insurrection de Hambourg est une arme de combat puissante pour les travailleurs d’Europe, qui illumine le chemin de la période révolutionnaire à venir, où une nouvelle vague de lutte armée va s’imposer aux puissants. Nous devons la tenir en haute estime et la brandir contre toutes les récupérations, en faire un de nos jalons aux côtés de toutes les grandes luttes de notre classe.

Vive les 100 ans de l’insurrection de Hambourg !

Hambourg la rouge vit dans la lutte !

Prolétaires de France, apprenons de la lutte des prolétaires d’Allemagne !

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