lundi 5 décembre 2022
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Trois semaines de grève chez Labeyrie : rencontre avec Sylvie, ouvrière

Pendant trois semaines, 80% des salariés du groupe agro-alimentaire de luxe LABEYRIE ont fait grève. Les sites de Came (64) et de Saint Geours de Maremme (40) ont été impactés. La revendication des grévistes portait sur une revalorisation de leurs salaires et de meilleures conditions de travail. Cette lutte a notamment mis en avant l’abnégation des femmes qui ont souvent été en première ligne.

Nouvelle Époque a rencontré Sylvie Darrieumerlou, militante au syndicat FO, qui travaille chez LABEYRIE depuis 2002. Sylvie D, ancienne préparatrice en pharmacie a été titularisée en 2004. Elle travaille en moyenne 35 heures par semaine pour un salaire de 1430 euros net par mois. Elle fait partie de la grande majorité d’ouvriers à « salaires bas ». En effet, en tant qu’ouvrière spécialisée, elle gagne légèrement plus que le SMIC, et cela malgré son ancienneté et les primes de production. Le SMIC concerne 2,25 millions de salariés, soit 13% des travailleurs en France et le plus souvent des femmes. En effet, 60% des travailleurs au SMIC sont des femmes.

Cela fait plusieurs années, explique Sylvie, que les ouvriers se plaignent des conditions de travail. Un ouvrier découpe jusque 60 canard par heure, ou peut dénerver jusqu’a 25 kg de foie en une heure. Gestes répétitifs, manque d’ergonomie sur les postes de travail, mais aussi manque de revalorisation des salaires. Tout cela est à l’origine de la colère des salariés de l’entreprise. En 2019, le groupe a engrangé 16 millions d’euros de bénéfices, preuve que les salariés sont extrêmement rentables pour LABEYRIE.

Malgré cela, la direction est restée sourde aux demandes, prétextant qu’une augmentation des salaires serait forcement répercutée sur les prix des produits en boutique et pénaliserait directement le consommateur. Concernant l’amélioration des conditions de travail, avant la grève, aucune amélioration n’était en vue puisque, selon la direction, les ouvriers travaillent dans un abattoir, ce qui « ne peut pas être le luxe ».

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres à été la revalorisation du SMIC annoncée par le gouvernement à la fin septembre. En effet, avec la revalorisation annuelle du SMIC, qui augmente en fonction de l’inflation, les ouvriers de LABEYRIE voient petit à petit leur salaire rattrapé par le SMIC.

Sylvie explique alors avoir prévenu la direction qu’un mouvement de grogne montait. Dès le 15 octobre, des salariés ont décidé de prendre les choses en main et d’arrêter une chaine de production. Cet arrêt a eu un effet boule de neige qui s’est répercuté sur les deux sites : 80% des salariés ont alors débuté un bras de fer avec la direction. Celui-ci a duré trois semaines.

Les revendications étaient les suivantes : une prime de 1000 euros accordée aux salariés et une revalorisation des salaires de 10%, ainsi qu’une prime d’intéressement aux bénéfices.

Les femmes ont été en première ligne, recevant l’appui des familles et de leurs enfants, et une solidarité incroyable s’est mise en place, nous explique Sylvie. Même les non grévistes venaient soutenir le mouvement le soir après le travail.

Durant la première semaine, la direction est restée sourde aux revendications, les ouvriers se sont donc davantage mobilisés en organisant des manifestations dans le centre ville, sur le marché de Peyrorade, des manifestations escargot, des rencontres avec les élus locaux, des députés. Les grévistes sont également passés dans un reportage sur France 5 pour l’émission C Politique.

Mais le message de la direction était clair, elle préférait alors perdre une saison plutôt que de négocier les salaires, exigeant de la part des militants FO et de la CGT de calmer les troupes et de cesser de mettre de l’huile sur le feu. La direction est allée jusqu’à appeler des cadres pendant une journée pour venir faire le travail des salariés grévistes. Cependant, l’opération n’a pas été un grand succès, puisque les cadres ont mis toute la journée pour traiter 2300 canards, ce que les ouvriers font en une heure. La rentabilité ayant été quasi nulle, la direction a préféré ne pas reconduire l’expérience. Là est une preuve supplémentaire que les patrons ont besoin des ouvriers, et non l’inverse.

C’est à la troisième semaine de grève que les ouvriers ont obtenu, de la part d’une direction plutôt hostile, une augmentation de 2,25% ainsi que le versement de la « prime Macron » à hauteur de 200 euros.

Malgré la lutte et la solidarité ouvrière, le constat est amère, pour Sylvie, comme pour l’ensemble des ouvriers. Une chose est certaine, aujourd’hui, ils savent le peu de considération que leur porte la direction. Ils sont également conscients que, même en donnant le meilleur d’eux-mêmes au quotidien dans leur travail, ils n’obtiendront pas de reconnaissance ou de rémunération supplémentaire.

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